De Halloween à Chalende : traditions d’hier et d’aujourd’hui…

Voici peu, de petites sorcières et autres fantômes sont venus quémander bonbons et friandises à la nuit tombée et nous ont gratifiés d’un « Que la chance soit avec vous », lorsque notre générosité les a satisfaits. Ouf, nous avons échappé au mauvais sort jeté ! Réminiscence de traditions celtes, cet Halloween médiatique et commercial nous est venu d’Amérique, tout comme le Père Noël de Coca-Cola après la seconde Guerre mondiale. Remontons le temps.
Les Celtes faisaient commencer leur année à Samain, le premier novembre, notre Toussaint. Ce que rappellent Halloween, All Hallows Eve qui signifie the eve of All Saints’ Day en anglais contemporain soit « la veille de la Toussaint », et le « Jour des Morts » ou les « Défunts » dans nos calendriers d’aujourd’hui. Au solstice d’hiver, les Celtes célébraient Aguianeu, quelque peu abusivement traduit par : « An gui l’an neuf ». Ce jour-là, les druides coupaient le gui dans les chênes rouvres avec une serpe d’or. Nous savons tous que Noël est venu se substituer à toutes ces antiques croyances païennes et que seul le sapin de Noël demeure en vestige d’une tradition germano-scandinave lentement christianisée tout au long du Moyen-Âge et généralisée à la fin du XVIIIe siècle.

Quid de Chalende ? Ce mot qui signifie Noël, vient du latin calendae qui indiquait le premier jour du mois dans le calendrier romain. C’était le jour où se réglaient les dettes, les affaires en cours. Ainsi vouloir les régler aux calendes grecques signifiait ne jamais le faire, puisque les calendes Grecques n’ont pas existé ! Chalende fut donné au premier jour de l’année qui varia beaucoup au fil du temps. L’année n’a pas toujours commencé le 1er janvier. Selon les régions, on commençait plutôt à Noël ou plutôt à Pâques. Dans les États de Savoie même, si le sud de la Province commençait plutôt à Noël, comme la région de Lyon, le Chablais, le Pays de Vaud, le Val d’Aoste, le Piémont préféraient Pâques.

Chalende, Chalande, est aussi un nom de famille. Le Dictionnaire des noms de famille de Savoie, de Robert Gabion, précise que cela signifie Noël, en Savoie du nord et Suisse Romande. Si le nom de famille se situe bien dans cette région, le nom de la fête de Noël en dérivé de Chalende est plus largement répandu, jusqu’à la limite sud de l’aire du francoprovençal, le pays de La Mure, où il côtoie Noyé pour Noël qui lui vient du latin natalis = natal, fête de la naissance du Christ, le 25 décembre.

Je dois à Lina Coudray, professeur émérite et membre des Amis du Val de Thônes, les différentes prononciations de Chalende, écrites ici avec la graphie de Conflans qui souligne la syllabe tonique. Mais seule l’oralité donnera le son exact !
Ainsi, suivant le lieu, la règle donne :

  • Pour le ch français : s – sh – ts – st
  • an, en, se prononcent parfois comme en français mais le plus souvent en ‘en – in – ïn – ein

Petit tour de Savoie :

  • S – Salendè : Tignes
  • Sh – prononcer comme th en anglais dans thing, langue contre les incisives :
    • Shalendè Thônes, Annecy, Leschaux, La Balme de Sillingy …
    • Shalandè : Entremont en Chartreuse, les pays de La Mure (où shalanda, shalandè voisinent avec noyé)
    • Shalïndè : Macôt,
  • Ts – Tsalendè : Moûtiers, les Allues (Tarentaise)
    • Tsalïndè : Montvalesan, Peisey
    • Tsaleindè : Evolène
    • Tsalendrè : La Mure
  • St – Stalendè : Albertville, Marthod, Val d’Arly

Noël, quelle que soit la façon de le dire, c’est aussi le temps des agapes. Jadis on cuisait du pain plus blanc qu’à l’ordinaire, les épognes doraient après la grande fournée et on faisait les douceurs traditionnelles en blanc et or : gâteau de Savoie et œufs à la neige. Aujourd’hui encore, manquer à la tradition des rissoles serait faillir ! Oublier le cardon aussi ! Et la bûche ! Et les oranges et le chocolat ! Souvent plusieurs desserts et les bonnes bouteilles gardées pour la circonstance, jusqu’à l’Epiphanie qui clôturera ce temps de bombance avec les galettes des Rois, à la frangipane, comme à Paris, ou avec une couronne aux fruits confits, comme en Provence. La gastronomie locale chante comme notre patois, en francoprovençal.

Joyeux Noël à tous.

Monique Fillion

Si vous souhaitez respecter la tradition de Noël, retrouvez la recette des rissoles en images

Pour en savoir plus sur la cuisine de fête en val de Thônes, reportez-vous à notre publication :
N°22 : Cuisines et Recettes du Pays de Thônes

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