Une nouvelle année 2018 particulièrement arrosée

Torrents en crue, routes coupées, 140 pompiers mobilisés : la vallée de Thônes a été fortement touchée le jeudi 4 janvier par le passage de la tempête Eléonore. Un phénomène intense mais pas exceptionnel.

Pour les services météorologiques, on parle de phénomène décennal. Une situation qui se reproduirait tous les dix ans. Et depuis 1990, on peut constater, en effet, qu’il y a eu ce phénomène de crue hivernal à trois reprises : février 1990, janvier 2004 et désormais janvier 2018. L’épisode remarquable du 1er mai 2015 ne rentre pas dans la catégorie de ces crues hivernales.

300 m3 par seconde, tel a été le débit atteint par le Fier au Pont de Morette, le jeudi 4 janvier 2018 dans l’après-midi. Un chiffre supérieur à ceux de 2004 et de 1990 mais qui reste inférieur à celui d’une crue centennale estimée à 440 m3. En termes de probabilité, cela signifie qu’une telle crue (centennale) risque de se produire une fois en un siècle (hypothèse optimiste) ou bien qu’au cours de l’année qui vient, il y a un risque sur cent qu’elle se produise (hypothèse pessimiste.) Ces chiffres avaient été calculés en 1998, lorsque la commune de Thônes avait adopté un Plan de Prévention des Risques. Cela avait entraîné entre 2000 et 2004, quatre tranches de travaux sur le Fier visant à ce que le passage d’une crue centennale n’entraîne que des conséquences mineures pour le centre ville. Ainsi, lors de la dernière phase, le lit du Fier avait été abaissé de plus d’un mètre et élargi depuis la confluence avec le Nom jusqu’au niveau du Centre Secours. L’enrochement des rives, toujours visible aujourd’hui avait été réalisé à cette occasion.

Retour sur la crue de 1990

La crue de février 1990 demeure l’une des plus redoutables des trente dernières années. Du mardi 13 au jeudi 15 février 1990, il est tombé 210 mm d’eau à Thônes (la moyenne mensuelle pour un mois de février est de 144 mm). Dans le détail, on a relevé 92 mm dans la journée du mardi 13 février, 81 mm pour celle de mercredi et 40 mm pour la matinée du jeudi. André Burnier, fidèle adhérent aux Amis du Val de Thônes, disparu en 2016 et observateur auprès de Météo France à Thônes durant plus de cinquante ans déclarait alors dans les colonnes du Dauphiné Libéré : «Autant à la fois et en continu, c’est du jamais vu en 30 ans de métier ! ». Pour les Sapeurs-Pompiers de Thônes, l’épisode pluvieux avait été également très intense. Inondations de caves, de torrents, de champs, de chemins : en 1990 comme en 2018, ils ont dû intervenir sur de multiples lieux. « Le premier coup de téléphone eut lieu à 2h30 du mercredi, et depuis cela n’a pas arrêté, relatait un permanent de la caserne. En tout 80 appels pour la journée de mercredi. Et plus d’une centaine pour celle de jeudi ».

En 1990, devant la côte d’alerte du Nom largement dépassée, la rue de la Saulne avait été évacuée le jeudi après-midi. « Heureusement, précise Michel Voisin dans son article paru dans le Dauphiné-Libéré, vers 15 h 30, un vent plus froid stoppa un instant les intempéries en une heure les torrents ont baissé de 20 centimètres. Cette accalmie permit aux engins qui travaillaient sur les bords des torrents de mieux canaliser les flots impressionnants ». La rue de la Saulne a été rouverte à la circulation en début de soirée. Mais les eaux du torrent avaient été tout près d’envahir la ville et c’est suite à cette crue que la ville des Thônes élabora un Plan de Prévention des Risques.

Les Aravis : particulièrement exposées aux fortes précipitations.

Toujours vert l’été, souvent blanc l’hiver : cela fait partie du charme de la vallée et participe grandement à son attrait touristique. A Thônes et dans la vallée, il faut bien le reconnaître : il pleut davantage qu’ailleurs. En 1926, l’Office National Météorologique de France a publié les précipitations annuelles moyennes enregistrées sur 172 stations météorologiques des Alpes françaises sur la période allant de 1881 à 1910. Et Thônes, montait sur la deuxième marche du podium avec un cumul moyen annuel de 1 556 mm par mètre carré. Elle dépassait le village de Samoëns (1 521 mm), classé troisième, précédée seulement par celui de Flumet (1 642 mm). En depuis un siècle, les précipitations ont encore augmenté. Grâce aux relevés quotidiens entre 1956 et 2013 d’André Burnier, bénévole auprès de Météo France, nous disposons de données exhaustives. Et pour la période allant de 1956 à 2009, les cumuls d’eau annuels atteignent 1 744mm. Le record étant toujours détenu par l’année 1952 avec 2 522 mm d’eau tombés dans l’année. Cette prédisposition à la pluie et la neige, le massif des Aravis le doit à sa position géographique. La combe des Aravis et ses sommets largement supérieurs à 2000 mètres d’altitude officient comme une barrière aux dépressions venant de l’Ouest et du Nord-Ouest. D’ailleurs, la ville de Sallanches, sur l’autre versant du massif reçoit un tiers d’eau en moins que Thônes. L’année la plus sèche à Thônes (1989 avec seulement 1170 mm d’eau) correspond à une année moyenne à Sallanches. Les années de sécheresse sont beaucoup plus marquées de l’autre côté des Aravis (seulement 500 mm d’eau à Sallanches en 1905 !)

Thônes : carrefour des trois vallées

Enfin, Thônes est particulièrement sensibles aux inondations du simple fait de sa situation géographique. A la confluence du Nom et du Fier, le bassin hydrologique de ces deux rivières couvre l’ensemble du territoire de La Clusaz et des Villards et une grande partie de Saint-Jean-de-Sixt pour le Nom (soit plus de 50 km2). Tandis que celui du Fier couvre principalement le territoire de Manigod et celui des Clefs (soit là aussi plus de 50 km2). Un bassin hydrologique de plus de 100 km2, des précipitations hivernales importantes, renforcées parfois par la fonte des neige : tels sont la vulnérabilité de Thônes à son plus grand risque naturel.

Jean-Philippe Chesney

Sources :

Bulletin climatologique annuel, 1990, publié par l’association météorologique du département de la Haute-Savoie (221 pages).

Articles de presse de Michel Voisin, collection Amis du Val de Thônes, cahiers n°103 (1990) et n°215 (2003-2004).

Tableau des précipitations à Thônes de 1932 à 2008 établi par André Burnier.

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