Éboulement de la perrière à La Clusaz

Parvenir à dater l’éboulement rocheux de la Perrière de La Clusaz est assez difficile. Aucun texte officiel ne le relate et l’événement s’est de plus effacé de la mémoire des populations locales.

En procédant par élimination, on peut tenter de le faire reculer dans le temps. Sur la mappe Sarde de 1730 on observe que cette langue pierreuse existe déjà. Pas de morcellement parcellaire en ces lieux, une seule grande parcelle est représentée, reliée à la forêt coté ouest et dite appartenant à la Communauté. Aucun bâtiment n’y figure, seules sont visibles une ferme à la lisière ouest, au sommet du « Mas des Houches », et une autre à la lisière est vers le bas, dit « Mas du Domaine », comme s’épargnant de cette catastrophe (la ferme du Domaine a été déplacée en 2015 vers La Touvière et héberge désormais la maison du Patrimoine).

Une origine médiévale ?

Une reconnaissance féodale de 1414 confirme une vente de terres datant de 1385, à un certain Pierre Juglard dit de la Perrière. On peut donc estimer que le nom de ce lieu-dit était déjà usité à cette époque.
Par ailleurs, des documents attestent que de nombreux habitants de La Clusaz portent le patronyme « Desoches », certains avant 1308, confirmé en 1322. Par la suite on les retrouvera sous les noms de Desoches dit Ayros, dit Thovex, dit Rouph, dit Crochet, dit Monet, dit Thevenet, dit Masson, dit d’Aravis, dit Ginet, dit Maystre, etc. Au total, 13 foyers Désoches sont répertoriés à La Clusaz en 1442 et 52 sont enregistrés dans la Gabelle du sel de 1561.

Ce lieu dit des Oches (soit terres labourées encloses), situé au dessus et à l’est du cimetière actuel, est très bien placé, orienté plein sud et en pied de pente. Ce site devait être convoité, pour y faire des jardins, d’où le nom de « ceux des Oches » donné à ceux qui les cultivaient et, pour certains, y habitaient. Ce n’est pas la maigre « rache » qui porte actuellement cette appellation qui a pu générer ici ce toponyme (en le comparant à d’autres lieux pareillement nommés).

La Perrière vue de Beauregard

Une première secousse en 1248, lors du tremblement de terre ressenti dans toute l’Europe, et même parait-il jusqu’en Angleterre, a pu en ébranler la roche. En Savoie, le Granier en a fait les frais. Ces Oches auraient été réduites à peau de chagrin, l’appellation n’étant conservée que pour la bande verticale herbeuse d’aujourd’hui, le reste, enfoui sous des m³ de roches, étant dénommé La Perrière.

Ou plus récente !

Avec la dendrologie, étude des cercles concentriques du bois que l’on aperçoit à la lecture de tranches de troncs d’arbres, et au vu des quelques photos du début du 20e siècle montrant la Perrière, on pourrait dater la repousse de ces maigres épicéas. Vu le peu de réengagement de la végétation sur cette langue, il n’est pas impossible qu’un nouvel éboulement soit venu parachever les dégâts plus anciens.

Quelques secousses dans le Jura Suisse sont évoquées vers 1610. On pourrait retenir cette période pour l’éboulement de La Clusaz, en se fondant sur le fait que la mémoire collective a oublié cet épisode et que les plus vieux registres paroissiaux retrouvés à la cure, datant de 1645, n’évoquent rien sur ce sujet. Dans le cas contraire ce fait aurait certainement été relaté par les prêtres, comme souvent dans d’autres paroisses.

L’éboulis vu depuis la remontée Les Praz en 2011
Photo Patrick Nouhailler – panoramio (Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported)

On peut donc faire l’hypothèse d’un éboulement en plusieurs phases, entre 1248 et 1610. Mais nous ne sommes pas à l’abri de la découverte d’un acte ancien nous éclairant sur ce fait. L’élaboration de l’histoire locale est parfois agrémentée de trouvailles tardives…

Philippe SALIGER-HUDRY

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