La régie, fille de la fée électricité

Si, depuis le début du XXe siècle, de petites unités de production d’énergie pouvaient satisfaire des besoins particuliers, l’extension de la demande a bientôt mis en évidence la nécessité de regrouper les moyens : l’union fait la force !

La décision de la création d’une association intercommunale a été prise le 21 septembre 1928 par 12 des communes du canton (*) sous l’impulsion d’Eloi Cuillery, conseiller général, la loi permettant aux collectivités locales de s’électrifier par leurs propres moyens dès lors que les sociétés privées n’étaient pas en mesure de distribuer l’énergie aux petites communes. Seul manque le Grand-Bornand qui rejoindra les autres en 1929. La Giettaz s’associera au canton en 1933. Le nouveau syndicat intercommunal demande l’autorisation d’exploiter son réseau d’énergie électrique sous la forme d’une régie fin 1930, et c’est le 28 avril 1931 que naît la  « Régie du Syndicat Intercommunal d’Électricité de la Vallée de Thônes ».

Le nouveau syndicat désireux d’améliorer au plus vite la situation accepte en 1930 la proposition de Léon Laydernier, directeur des Forces du Fier, de remplacer la ligne principale haute tension 5000 V venant de Vignères par une ligne en 35000 V, la commune de Thônes se chargeant de faire construire un poste de transformation sur un terrain communal situé au même emplacement que le poste actuel sous la Roche de Thônes. Ce transformateur d’une puissance de 400 kW maximum, l’équivalent d’une industrie moyenne actuelle, transformera cette énergie en tension 10000 V pour la redistribuer aux quartiers et hameaux de Thônes et à toutes les communes inscrites au syndicat avant la distribution terminale en 110 V, et 220 V triphasé. Une plaque « Forces du Fier » est restée sur le bâtiment jusqu’à la réfection relativement récente des postes transformateurs.

Ce n’est qu’à la suite de la création de cette régie que le réseau peut enfin se développer dans le canton. A titre d’exemple, pour Saint-Jean-de-Sixt, ce n’est qu’en juillet 1932 que l’électricité débarque dans les foyers. Une illumination particulière est organisée le 14 juillet pour fêter l’événement.

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Marcel Burel

C’est Marcel Burel, jeune ingénieur du génie rural, qui est recruté et qui prend la direction de cette nouvelle régie. Il dira plus tard (**) que c’est à cause de ses grosses chaussures et de sa tenue qu’il a été choisi car il avait appris que la régie recherchait un « gars de terrain » pour la diriger. Auparavant il avait déjà travaillé en Isère, Savoie et Haute-Savoie, depuis Lyon où il résidait. Il faisait tous ses déplacements en moto. C’est sur un chantier à la Clayette (71) qu’il apprit l’existence de ce poste à responsabilité proposé à Thônes : il  fit le détour pour se présenter au syndicat en rentrant à Lyon.
Marcel Burel prend son nouvel emploi à bras le corps. Il consulte et se renseigne sur les besoins réels des gens, visitant dans toutes les communes les entreprises, hôtels, fermes et particuliers.

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Eloi Cuillery

Il est fort surpris, chez les agriculteurs, de voir qu’on lui réclame un branchement non pas pour le confort de la famille mais uniquement pour une lampe à l’écurie afin de faciliter la traite, toute flamme étant proscrite à cause du foin et du bois. Il fait réaliser des études et lance de multiples appels d’offres pour la réalisation des réseaux et branchements. Sur les chantiers réalisés par l’entreprise Chevalier d’Annecy, la régie fournit les fils de cuivre et l’entreprise les poteaux bois et béton. Cette dernière avait trouvé la solution de sous-traiter l’acheminement des poteaux entre la voie publique et les points de raccordement aux agriculteurs équipés de chars tirés par des chevaux, comme le raconte Aimé Dupont ancien président du syndicat, à propos de son frère Jean, à Saint-Jean-de-Sixt dans les années 1930-32. Tous ses projets sont soutenus à la préfecture par Eloi Cuillery, qui jouit là-bas de très nombreuses relations permettant d’accélérer le traitement des dossiers.

Les premiers employés de la régie seront Louis Cuillery et Edouard Méjean. Lors de sa création, la régie s’installera dans les locaux de l’ancien hôtel du Cheval Blanc, rue de la Saulne. Une annexe pour le matériel sera construite à l’arrière. Les bureaux étaient au premier étage et un appartement de fonction se trouvait au deuxième. En 1946, eut lieu la nationalisation des entreprises électriques et gazières, avec pour l’électricité la création d’EDF. La loi permettait toutefois le maintien des sociétés dans lesquelles l’État ou les collectivités publiques possédaient la majorité, en particulier les régies. La régie continuera donc son développement. L’évolution du marché et de la densité des réseaux sera phénoménale, avec les énormes besoins des nouvelles industries et le développement des stations de sport d’hiver. C’est en 1968 que le bâtiment administratif de la rue Jean-Jacques Rousseau est inauguré, le pôle technique ayant été créé un peu plus loin, au coin du Passage des Addebouts, quelques années plus tôt.

Dans les années 1950 le réseau haute tension fut connecté à celui issu du Val d’Arly par les Esserieux, et l’alimentation depuis Vignères fut totalement refaite par EDF, pour un passage à 63000 V. Cet important chantier fut réalisé par une entreprise extérieure qui amena ses monteurs, qui logeaient à la pension Dadier située en face de la régie. À la fin du chantier, quelques monteurs firent souche à Thônes après avoir épousé ses jolies filles. Certains ont été embauchés par la régie, et un autre, marié à la fille de l’hôtelier, est parti créer de nouveaux réseaux électriques en Afrique.

La grand souci de M. Burel et de ses successeurs, T. Longchamp et L. Sondaz, reste la fragilité de l’alimentation générale arrivant au poste de Thônes : une panne de ce réseau appartenant à EDF-RTE serait catastrophique, surtout en pleine saison hivernale. Heureusement la ténacité de ces premiers dirigeants, et plus encore celle de l’actuel directeur, André Moras, permettra d’ici 5 ans, suite à d’énormes travaux commencés en 2014, de bénéficier d’un « bouclage » depuis le poste très haute tension de Cornier, via la vallée d’Entremont et Saint-Jean-de-Sixt, en alimentation respectant l’environnement car réalisée en ligne souterraine.

Petit tableau reflétant l’évolution de la régie, appelée aujourd’hui RET (Régie d’électricité de Thônes) :

1933 1953 1973 1993 2013
Nombre d’employés 8 12 20 37 39
Nombre d’abonnés 1869 3882 7022 17520 22500
kW fournis (en millions) 0,17 3 20,2 102,6 182

Aujourd’hui (valeur 2013) le territoire de la régie s’étend toujours sur 14 communes et son réseau comprend :
– 2 postes de transformation depuis le réseau RTE 63000 volts
– 464 postes 20000 volts / basse tension
– 355 km de réseau moyenne tension dont 55% souterrain
– 610 km de réseau basse tension dont 85% en souterrain

Marcel Burel restera en fonction jusqu’en 1977, assurant en plus, durant les 25 dernières années, la direction de la régie de Seyssel. Il était un fanatique de la petite reine et faisait tous ses déplacements, que ce soit vers le haut des vallées ou à Seyssel, en vélo ! Eloi Cuillery restera président du syndicat jusqu’à fin 1940.

Jacques Vulliet

(*) Alex, La Balme-de-Thuy, Le Bouchet-Mont-Charvin, Les Clefs, La Clusaz, Dingy-Saint-Clair, Entremont, Manigod, Saint-Jean-de-Sixt, Serraval, Thônes, Les Villards-sur-Thônes.

(**) Confidences faites par Marcel Burel à Maurice Frandon

Sources

  • Archives départementales de la Haute Savoie
  • Inventaire général du patrimoine culturel, Samir Mafoudi pour la région Rhône-Alpes et l’assemblée des Pays de Savoie
  • Archives personnelles de Maurice Frandon, remises aux Amis du Val de Thônes. Nous l’en remercions vivement
  • Articles parus au moment du centenaire de l’électricité à Thônes et de l’exposition au musée, en 1993, par J.B. Challamel, M.L. Blanc et M. Chaffarod

Sur le même thème
En savoir davantage à ce sujet ? Reportez-vous au n°31 des Amis du Val de Thônes, Des lieux, des Hommes, des histoires… p. 124 à 129.

Saints de glace, lune rousse et rogations

Ce sujet nous permet de voyager entre observations et croyances séculaires revêtues de traditions populaires. Ouvrons-le sur quelques considérations météorologiques.

Mamert, Pancrace et Servais, les trois mousquetaires du froid

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Saint Servais

Selon notre calendrier actuel, nous fêtons, le 11 mai : sainte Estelle, le 12 mai : saint Achille, et le 13 mai : sainte Rolande. Autrefois, à ces mêmes dates, on célébrait le 11 mai, saint Mamert (ou encore saint Philippe) ; le 12 mai, saint Pancrace et le 13 mai, saint Servais. Toujours appelés communément chez nous « les saints de Glace », ailleurs, on parle d’eux comme des « saints Grêleurs » ou encore, des « cavaliers du froid ».

Les agriculteurs les craignent comme le loup blanc car ils viennent souvent accompagnés de perturbations météorologiques, les unes assorties de vent froid ou de grésil, les autres de gelées cinglantes lors des nuits à ciel découvert. Ces dates immuables sont suivies dans certaines régions par saint Yves le 19 mai, ou précédées au cours du mois d’avril par saint Georges le 23, saint Marc le 25 et saint Aphrodise le 28 (remplacé aujourd’hui par sainte Valérie).

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Saint Pancrace

L’ethnologue Arnold Van Gennep[1] parle pour sa part d’un cycle de six jours. Il le positionne à cheval sur les trois derniers du mois d’avril et les trois premiers du mois de mai, journées qui s’inscrivent, de fait, en plein dans une période « à haut risque » de bise noire et de gel.

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Saint Mamert

La situation se complique encore un peu si l’on tient compte, également, de la lune rousse.
La Lune Rousse selon Michel VoisinOn appelle ainsi la lune printanière qui suit immédiatement la fête de Pâques. Pourquoi « rousse » ? Tout simplement car elle a la réputation de « roussir », et donc de brûler, les bourgeons naissants ainsi que les jeunes plantes au premier stade de leur développement, lors des nuits très claires.
Plus la fête de Pâques est célébrée tôt, plus la lune rousse a des chances d’être fidèle à sa mauvaise réputation. Il suffirait donc qu’elle tombe en pleine période de saints de glace, les risques de gelées en seraient multipliés par deux. C’est le cas en 2015 !
Durant cette période on pourra également vérifier le bien-fondé des observations relevées par nos anciens qui affirment que « lorsque la lune rousse commence en lion, elle se termine en mouton. » (Et lycée d’Versailles !)

Une autre période considérée autrefois comme occasionnant un temps perturbé est celle des Rogations, en patois Rogachon, Revéson, Ravaison.[2] Là, nous quittons le domaine des traditions profanes pour entrer dans celui des célébrations religieuses.

Bénédiction des Rogations au Villlard de Serraval dans les années 1980
Bénédiction des Rogations au Villard de Serraval dans les années 1980

On désigne par Rogations (du latin rogare c’est-à-dire prier) les trois jours de recueillement et de processions, avec interprétation du chant des litanies des saints, qui précèdent la fête du jeudi de l’Ascension.
C’étaient également autrefois trois journées de jeûne et de pénitence, en pleine période de temps pascal puisque fixée à moins de deux semaines de la fête de Pentecôte. On avait coutume de dire que « Pé lou Rogachons, l’premier jor yé por la faim ; l’douzième por l’bla et la méchon ; l’trézième por lou vindinges ». (Pour les Rogations, le premier jour est pour la faim ; le deuxième pour le blé et les moissons ; le troisième pour les vendanges).

La Chapelle
La chapelle, dessin de Louis Dumurgier (Récits des coutumes antiques des Vallées de Thônes)

Un peu d’histoire : dès le Ve siècle, saint Mamert (revoici notre saint prélat des saints de Glace !) alors évêque de Vienne, à la suite d’une série de calamités venues désoler son diocèse, prescrivit en pleine période pascale trois jours d’expiation durant lesquels les fidèles devaient se livrer aux œuvres de pénitence.
Le « nouveau » Larousse illustré affirme, lui, que cette tradition est très antérieure au Ve siècle de notre ère. Toutefois c’est bien saint Mamert qui la rendit obligatoire. Il choisit alors les trois jours qui précèdent le jeudi de l’Ascension. Et cette institution prit bientôt racine dans toute l’Église, sanctifiant ainsi une cérémonie agraire ancrée jadis dans les coutumes païennes, puisqu’elle date au moins du temps des Romains. On devine qu’elle avait pour objectif principal de demander aux dieux la protection contre les maladies des animaux et des plantes, ainsi que la faveur d’abondantes récoltes au moment des semailles et autres premiers grands travaux des champs.

Il est déjà bien loin le temps où, dans notre Vallée, les processions des Rogations partaient de Thônes et conduisaient les fidèles, à pied sur plus de 20 km aller-retour, jusqu’à Entremont quand le défilé des Etroits avait été plus particulièrement ravagé par les crues du Borne ou les avalanches, au cours du dernier hiver. Elles se dirigeaient parfois dans une toute autre direction, jusqu’à la chapelle du château de Menthon, lorsque les printemps étaient spécialement marqués par de fortes intempéries et par les ravages de la grêle. Mais l’expédition la plus habituelle conduisait les paroissiens jusqu’à Saint-Jean-de-Sixt. Ce long périple était coupé par une petite pause ménagée à mi-chemin, au hameau de Carouge en plein cœur du village actuel des Villards-sur-Thônes, à la croisée des itinéraires où d’autres pèlerins rejoignaient ceux qui étaient partis de Thônes.
Cela se passait dans la seconde moitié du XVIIe siècle…

Chapelle de Galatin
L’ancienne chapelle de Galatin (collection privée)

Plus près de nous, citons Claude Gay qui, en 1905 donc au tout début du XXe siècle, décrivit ainsi cette période de prières dans ses « Récits des Coutumes antiques des Vallées de Thônes » :
« Venaient les Rogations, les trois jours avant l’Ascension ; dans toutes les communes l’on faisait la procession de l’église à la chapelle qui se trouvait dans la commune : à trois chapelles différentes pour les trois jours ; des fois on restait une heure et demie pour y aller, mais en général une heure.
On portait tous une branche ou un paquet de petites branches ou tiges de noisetier qui avait poussé dans l’année, prises parmi les plus longues, on les appelait n’a ravaison ; c’étaient les trois jours de revaisons en procession à les chapale, aux chapelles.
En arrivant à l’église, le curé donnait la bénédiction de ravaison et chacun rentrait chez soi ; en arrivant à la maison, on coupait au pied de sa branche un morceau et on fendait l’autre morceau pour y introduire le petit bout, afin de faire comme une croix, et on allait les planter dans les champs labourés. »
Claude Gay raconte encore, qu’après la cérémonie des Rogations en la chapelle du Cropt, la procession des Clefs se rendait jusqu’à la Pierre aux Morts élevée après l’épidémie de peste noire des années 1348-1350, dans le champ de Belle Fleurie, à quelques pas de l’édifice dédié à Notre-Dame de l’Assomption. Le curé récitait alors la prière des morts, avant le retour au village.

Plus récemment à Thônes, les anciens se souviennent que les processions se rendaient le lundi à Galatin, le mardi au Calvaire et le mercredi à Thuy.
A Manigod, les fidèles se dirigeaient le lundi à la chapelle de Tournance, le mardi à celle du Villard-Dessous et le mercredi à celle de Joux.
Au Grand-Bornand on allait le lundi jusqu’à la statue de St Joseph située en bord de route du Chinaillon, le mardi jusqu’à la croix de Villavit et le mercredi jusqu’à la croix du Pin, sur la route du Bouchet. (Cette croix magnifique, monument historique classé, a été déplacée à la fin des années 80 et réinstallée à l’entrée du hameau de Lormay).
A Dingy-Saint-Clair enfin, on allait le lundi jusqu’à la croix des Curtils-bas, en haut du village, le mardi jusqu’à la croix du cimetière et le mercredi jusqu’à la croix de Chesseney.
Aux Clefs dans les années 1960-1970, les paroissiens partaient à pied dès 6 h du matin depuis l’église Saint-Nicolas. Ils étaient précédés d’un à deux hommes qui se relayaient pour agiter une clochette chargée d’éloigner les mauvais esprits le long de la route. (Nous avons vécu l’une de ces processions, où c’était Christin Lansard qui faisait office de sonneur de clochette, en tête de cortège). Suivait M. le curé (l’abbé Jean Vianay) en surplis blanc, escorté de deux enfants de chœur. Venaient alors une dame portant la bannière de la Vierge et enfin, deux par deux, des représentants de chaque famille du village, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre.

La Chapelle du Cropt aux Clefs - Michel Voisin
La chapelle du Cropt aux Clefs (Photo Michel Voisin)

Le lundi on se rendait à la chapelle Notre-Dame-de-l’Assomption du Cropt. Le mardi à la chapelle Saint-Claude des Pohets. Le mercredi à la chapelle Saint-François de Sales des Envers. Ce jour-là, chacun entrait dans le petit édifice avec un faisceau de rameaux de noisetiers (coudriers) que l’on nommait donc « les ravaisons ». Ces branches, droites comme des lys et ornées en leur extrémité de feuilles nouvelles, étaient bénies par le prêtre juste après la messe. Dans la journée, elles étaient alors plantées (assorties d’un « Pater » ou d’un « Ave ») à l’angle ou au centre des propriétés pour s’assurer un an de protection et de fécondité. Il était coutume d’avoir autant de baguettes que de champs labourés. L’une d’entre elles allait être fixée, en forme de croix, sur la porte de l’étable ou de la grange. On l’ornait de fleurs le jour de la Saint-Jean, décoration qui persistait (même fanée) durant toute la saison d’été.
Autre particularité clertine : la cérémonie du mercredi des Rogations aux Envers ne se terminait qu’une fois que les participants étaient venus embrasser les reliques de la Vraie Croix, l’un des trésors de cette chapelle Saint-François de Sales fondée par le chanoine Jean-François Bétemps.
Notons qu’une dizaine d’années plus tard les pèlerins des Clefs se rendaient toujours vers les trois rendez-vous traditionnels : Le Cropt, Les Pohets et les Envers mais… en voiture.
Enfin au début de 3e millénaire, l’abbé Gaby Doche, curé du Val Sulens, célébrait encore une messe dans trois chapelles des quatre communes de son territoire : Manigod, Le Bouchet-Mont-Charvin, Serraval et Les Clefs.

A Thônes, la tradition des Rogations s’est éteinte beaucoup plus tôt. Elle fut remplacée par plusieurs messes célébrées dans les chapelles de hameaux au cours des deux mois de l’été.

Michel Voisin


[1] La Savoie, Arnold Van Gennep, Curandera Traditions, Aubenas, 1991
[2] Vie et traditions religieuses dans la vallée de Thônes, Revue annuelle proposée par les Amis du Val de Thônes, n° 13, p. 76 -78, 1988.

Déneigement, neige et avalanches dans les Aravis

Si parler du temps, c’est perdre son temps, puisqu’on n’y peut rien changer, c’est tout de même un sujet de conversation où chacun trouve son mot à dire sans que les échanges tournent au vinaigre. En quelque sorte la météo met de l’huile dans les rouages des relations humaines !

Les quatre panneaux que nous vous présentons plus bas sont ceux de l’expo réalisée par les Amis du Val de Thônes (Jean-Philippe Chesney et Joël D’Odorico, pour les recherches et la mise en images) pour la fête de Lormay (Le Grand-Bornand) le 20 juillet 2014. Cette exposition, inaugurée sous une pluie battante lors de la fête, a été reprise pour illustrer notre chalet du marché de Noël 2014, alors que l’hiver s’annonçait sans neige … Désolation pour ceux qui en vivent aujourd’hui, alors que nos ancêtres s’en réjouissaient !
Mais Dame Nature fait ce qu’elle veut.  Coquette, elle s’est fait attendre jusqu’à fin janvier et février pour nous faire admirer son nouveau manteau d’hermine, sur ciel de cristal bleu, illuminé d’un soleil d’or… Et tout le monde s’en réjouit !
Monique Fillion

 

Cliquez sur l’image pour voir les panneaux de l’exposition
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Des prix Nobel à Thônes

Des prix Nobel ont séjourné à Thônes !

Le plus récent, Patrick Modiano, prix Nobel de littérature en 2014

Patrick Modiano
Patrick Modiano
(Par Frankie Fouganthin — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

La rue des boutiques obscures, l’un de ses premiers ouvrages en 1978, nous ramène dans le Thônes des années soixante, lorsqu’il était élève du collège Saint-Joseph où il passa deux années. On voyait sa haute silhouette descendre la rue de la Saulne, remonter les Arcades jusqu’au début de la rue des Clefs où il logeait. La tête un peu penchée, déjà perdu dans des pensées qui l’emportaient loin du décor qu’il évoquerait plus tard plus tard dans son roman.
Sa réponse « c’est bizarre » à l’annonce de sa distinction, correspond bien au personnage que la télévision nous a montré. Secret, peu médiatique, il étonne par la grande différence entre sa belle écriture fluide et sa lente expression à l’oral. A Saint-Joseph déjà, l’abbé Accambray, son professeur, avait remarqué son talent littéraire. Modeste, il a refusé d’entrer à l’Académie française. La crainte du discours d’entrée, aurait-elle aussi pris part à sa décision ? On attend celui de son Nobel à Stockholm en janvier 2015 !
Il est l’auteur d’une trentaine de romans intimistes, souvent axés sur la période de « l’Occupation » qu’il n’a pas connue. « Son style s’est affiné au fil des ans avec une écriture au laser où un seul mot peut être tout un monde » dit Antoine Gallimard, son éditeur. Paradoxal, cet outil futuriste pour ciseler des mots qui dessinent le passé…
Patrick Modiano est né en 1945 à Boulogne-Billancourt. « Un Pedigree », son ouvrage de 2005, retrace une partie de sa vie autour du lac d’Annecy, notamment.

Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel de physique en 1997

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Claude Cohen-Tannoudji
(By Amir Bernat, CC BY-SA 4.0-3.0-2.5-2.0-1.0, via Wikimedia Commons)

Claude Cohen-Tannoudji est un physicien français de renom. Il est titulaire de nombreuses distinctions scientifiques internationales dès 1963. Le prix Nobel de physique lui est décerné en 1997, ainsi qu’à Steven Chu et William D. Phillips, pour leurs recherches sur le refroidissement et le confinement d’atomes par laser.
Au milieu du XXe siècle, il a fait partie de ces familles d’estivants venus de l’autre rive de la Méditerranée pour passer les mois d’été à la verte fraîcheur du Val de Thônes. Il résidait alors à l’hôtel  « Le Plainpalais », rue de la Saulne. Il a gardé et cultive de solides amitiés avec des jeunes de son âge qui habitaient Thônes et qui ont aussi fait carrière à Paris.  Même s’il ne revient que rarement dans nos parages, aujourd’hui sa destination provinciale dans les Alpes est davantage dans l’Isère,  il évoque toujours les excursions à la Tournette, suivies d’une fondue dans les cafés des Arcades ou de la place Avet, ainsi que le parfum des cyclamens cueillis au Torchon !

Monique Fillion

Sources

La Grande Guerre en six questions

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Monument aux morts de Thônes (Photographie J.-P. Chesney)

C’était il y a un siècle, l’année 1914 s’inscrivait en lettres de sang.
Les trois premiers mois de cette guerre, débutée le 1er août, ont également été les plus meurtriers. Entre le 9 août 1914 et le 11 novembre de la même année, 124 enfants de la vallée sont tombés quelque part en Alsace (en août), dans les Vosges (fin août et début septembre) ou dans la Somme (septembre et octobre). En novembre 1914, la guerre commence à s’inscrire dans la durée. L’occasion de s’interroger sur l’état d’esprit de nos compatriotes en novembre 1914.

Ont-ils pensé que la guerre allait être courte ?

Sur cette question, il n’y a aucun doute possible. L’immense majorité des Français de 1914 pensait que le conflit serait de courte durée. L’association du patrimoine bornandin a relaté dans son exposition le témoignage d’Edouard Pochat-Cotilloux. Celui-ci dans son livre, relevait l’anecdote d’un soldat du hameau de la Forclaz qui, quittant son village aurait lancé à sa  voisine « Au revoir, je pars à la guerre. Je serai bien de retour dimanche. J’ai donné à manger à mes poules, ne vous en faites pas ». A Saint-Roch, près de Sallanches, un homme devait se marier en novembre 1914. C’est seulement en septembre que sa sœur lui  conseille « qu’il devrait penser à reporter son mariage au printemps ». Il s’est bien marié au printemps, mais en 1919. Le 1er novembre 1914, elle lui écrit « cela fait trois mois que vous êtes partis. Nous ne pensions pas lors de votre départ que vous seriez absents si longtemps ». La guerre a commencé depuis trois mois, elle dura 49 longs autres mois.

Pourquoi pensaient-ils que la guerre allait être courte ?

Les Hommes se fient toujours à ce qu’ils connaissent. En 1914, on ne connaissait que des guerres courtes. Plus précisément, le sort de la guerre était réglé lors des premières batailles, là où les deux camps concentraient leurs principales forces. Les guerres napoléoniennes si elles ont duré plus d’une décennie sont en fait une succession de batailles. La guerre reprenait, à la suite d’une nouvelle coalition, et le sort était réglé lors d’une nouvelle confrontation. En 1812, les Russes ont justement refusé cette bataille décisive, attirant la grande armée dans l’immensité de leur territoire, attendant que le froid, la maladie, la difficulté du ravitaillement déciment les 500.000 hommes mobilisés. En 1870, la guerre contre la Prusse a duré 6 mois, mais dès le deuxième mois de la guerre en septembre, avec la capture de Napoléon III, l’issue en était déjà connue.
En 1914, la population est persuadée que la modernité des armes utilisées accentuera encore la rapidité du conflit. Et ils ont failli avoir raison… Après trois semaines de conflit (début septembre), les Allemands sont à 70 km de Paris. C’est la bataille de la Marne, « le miracle de la Marne » comme cela a été souvent présenté, et la mobilisation des Allemands sur deux fronts qui ont installé la guerre de position. Ensuite, la primauté des armes défensives (surtout la mitrailleuse apparue en 1898) et la capacité mécanique (grâce au chemin de fer et aux camions) d’amener en permanence des hommes et des munitions ont permis l’installation d’une guerre longue et meurtrière.

Les hommes de 1914 savaient-ils réellement ce qu’était la guerre ?

Au début du XXe siècle, la guerre était valorisée. Elle permettait d’exprimer les valeurs défendues par la société de l’époque. En commençant par la première d’entre-elle : le patriotisme, mais aussi le courage, le dévouement, voire le sacrifice ou la virilité. On a d’ailleurs très rapidement  nommé les soldats « Les Poilus ». Mais, on peut imaginer que la réalité de la guerre était largement ignorée des soldats, tout simplement parce que cette réalité était inimaginable.
La dernière guerre sur le sol français avait eu lieu 45 années auparavant. A Saint-Roch, François Chesney, est le père de neuf enfants dont 4 garçons mobilisés en 1914. C’est aussi, un ancien de la guerre de 1870. Une guerre qu’il a racontée dans une douzaine de lettres. Il y souffre du froid (l’hiver 1870-1871 est particulièrement rigoureux), de l’éloignement, mais absolument pas des combats. Dans une de ses lettres, il indique que « les Prussiens étaient à moins de deux heures. Une seule solution : fuir. »  Dans une autre, il décrit également quelques arbres déchiquetés par des canons, se lamentant « des grands tourments causés par la guerre ». En 1914, la guerre à laquelle ses enfants ont été confrontés était bien différente.
Depuis 1870, la France était également impliquée dans des guerres coloniales. Mais celles-ci étaient lointaines et concernaient essentiellement des engagés (Tonkin) ou quelques appelés (Maroc, Algérie en 1912 et 1913). En outre ces dernières opérations relevaient plus du maintien de l’ordre que d’une véritable guerre.

Il y avait bien le service militaire. Depuis 1905, celui-ci s’appliquait à tous les hommes valides âgés de 21 ans et pour une durée de deux ans. Avant cette date et depuis 1889, un tirage au sort déterminait la durée du service (de une à trois années). Or la plupart des mobilisés de 1914 avait un très mauvais souvenir de  cette période de leur vie. Détestant l’éloignement, la privation de liberté, la discipline, les manœuvres par tous les temps, les marches et même la nourriture « et ces macaronis de deux mètres de long ». De toute évidence, le service militaire ne rendait pas compte de la réalité de la guerre. Les appelés connaissant leur date de libération et le danger n’était pas comparable à celui encouru durant un conflit.

Enfin la guerre de 1914, du fait des armes utilisées et principalement de la puissance de l’artillerie, était difficilement imaginable. Durant la seule journée du 21 février 1916, premier jour de la bataille de Verdun, les Allemands ont envoyé 1 million d’obus, soit un tous les 5 m2. La guerre des tranchées était quelque chose de complètement inconnu, même par les généraux, qui pendant quasiment toute la guerre, surtout du côté français, ont perçu cette situation comme provisoire, négligeant le renforcement et la construction des tranchées.

Sont-ils partis en 1914 en chantant ?

On nous a souvent présenté le soldat d’août 1914, enthousiaste et hurlant « A Berlin, à Berlin ». Si cela a existé, c’est alors une réalité urbaine. C’est également une réaction a posteriori lorsque les soldats ont déjà quitté leur domicile et se trouvent rassemblés dans les centres de mobilisation. La foule, l’effervescence, la joie de retrouver d’anciens camarades de service, le patriotisme peuvent expliquer cette liesse. Mais à l’annonce de la mobilisation, la réaction a été toute autre. Les témoignages évoquent principalement la surprise. A l’époque, le seul moyen d’information reste le journal. De plus, si l’attentat de Sarajevo date du 28 juin, la crise est devenue européenne à partir du 22 juillet soit 10 jours avant la mobilisation. Beaucoup d’habitants de la vallée n’étaient pas au courant ou n’avaient pas mesuré la gravité de la situation. Surtout ils ne croyaient pas à une telle issue. Il y avait eu par le passé des menaces de guerres (la crise de Tanger en 1905, ou celle d’Agadir en 1911) entre l’Allemagne et la France, mais dans les deux cas une solution pacifiste avait été trouvée. Jean-Jacques Becker a montré dans sa thèse que l’ordre de mobilisation du 1er août 1914 constitua plutôt une surprise générale : les Français avaient fini par se lasser des nombreuses tensions internationales et ne semblaient plus véritablement croire à la réalité d’une guerre.

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Colonne de soldats du 66e régiment d’infanterie marchant, drapeau au fusil, vers la gare de Tours le 5 août 1914 au matin.
(By 66emeri (Own work) CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

Une fois la mobilisation déclarée, les hommes ont dû abandonner leurs travaux agricoles. Le mois de juillet 1914 avait été pluvieux et les foins avaient pris du retard. Au Chinaillon, ils n’avaient pas commencé. Les moissons étaient également prévues pour le mois d’août.

Cette mobilisation s’est-elle réalisée sans heurt ?

Les militaires redoutaient une mobilisation difficile. Ce ne fut pas le cas. Cependant, le chiffre officiel évoque près de 10.000 insoumis en France. Qui sont ces insoumis, qui n’ont pas répondu à l’ordre de mobilisation ? Bon nombre d’entre eux était tout simplement à l’étranger, émigrés. On peut évoquer le parcours d’un Bornandin, François Gaillard-Liaudon de l’Envers du village. Né le 10 septembre 1886, il effectue son service militaire entre 1907 et 1909. Il émigre ensuite aux États-Unis sans en donner l’information au service de mobilisation. Il est déclaré une première fois insoumis le 21 novembre1912 lorsqu’il ne se rend pas à une période d’exercice. Lorsque le conflit éclate,  il se rend volontairement au bureau de recrutement d’Annecy le 30 août 1914, « venant d’Amérique » comme le stipule sa fiche matricule. Il est intégré au 30e Régiment d’infanterie basé à Annecy. Blessé en 1915, il ne rentre pas de permission en 1917, il est déclaré déserteur le 22 mai 1917. On le ramène au dépôt le 3 février 1919. Sa fiche indique « qu’il est écroué à la maison d’arrêt d’Annecy pour être traduit devant le Conseil de guerre de Grenoble pour désertion ». Il est transféré à Grenoble le 14 mars 1919 mais s’évade de la prison le 31 mars. Il trouve refuge aux États-Unis. Il profite de la loi d’amnistie du 3 janvier 1925 qui accorde une amnistie pleine et entière pour les faits de désertion à condition que les déserteurs aient appartenu trois mois à une unité combattante, ou aient été blessés ou faits prisonniers et n’aient pas eu d’intelligence avec l’ennemi. Le 8 juin 1925, François Gaillard-Liaudon régularise sa situation au consulat de France à New-York puis au 27e Bataillon de Chasseurs à pied à Annecy. Sa fiche matricule emploie le conditionnel et indique qu’il « serait mort à New-York en 1932 ».

Peu de recherches ont été effectuées sur ces hommes, insoumis ou déserteurs. Quelques témoignages subsistent cependant. A Thônes, on a longtemps parlé d’un homme qui aurait passé toute la guerre caché dans une forêt, sa famille se relayant pour le ravitailler. A La Giettaz, un déserteur aurait vécu terré chez lui. Lorsque les gendarmes venaient le chercher, il se cachait dans un tonneau à double fond. De là, il aurait gagné son surnom « tonneau ». A Saint-Roch, Marie-Cécile Mabboux évoque dans une de ses lettres destinées à son fiancé le cas de deux déserteurs de Sallanches. Elle précise que l’un d’eux, jeune marié s’apprêtait à partir pour Salonique, il aurait fui pour Genève où son épouse l’aurait rejoint. D’après les recherches actuelles, il semblerait que dans les zones frontalières (avec la Suisse pour la Haute-Savoie, avec l’Espagne pour les Pyrénées), les cas de désertion soient plus nombreux. De toute évidence, ces déserteurs étaient perçus par les autres habitants comme l’exemple même de la lâcheté et s’ils ont échappé aux différentes poursuites, leur intégration dans la vie civile après les lois d’amnisties des années 20 a dû être très difficile.

Les Savoyards ont-ils été plus touchés que les autres ?

deces Grand Guerre selon année de naissance Thônes Grand-Bornand Saint-Jean La Clusaz Serraval Le Bouchet et Manigod
Distribution du nombre de décès par année de naissance, pour Thônes, Le Grand-Bornand, Saint-Jean-de-Sixt, La Clusaz, Serraval, Le Bouchet et Manigod

1.397.000 soldats français sont morts durant la guerre soit 3,5 % de la population de 1914. Dans la vallée, ce ratio est plus élevé. Il dépasse 5 % au Grand-Bornand (105/2071 recensement 1911) et à Manigod (62/1211) et atteint 6 % à La Clusaz (54/879). Comment expliquer une telle surmortalité ? Certains ont vu une exposition accrue des Savoyards en raison de leur appartenance récente à la communauté nationale. La Savoie était à l’époque française depuis cinquante ans seulement.
Une affirmation difficile à accréditer. Deux raisons principales expliquent cette surmortalité. La majorité des Savoyards sont des cultivateurs sans qualification particulière et se trouvent donc envoyés sur le front. Ainsi, la commune d’Arâches compte 16 décès pour une population recensée de 579 personnes en 1911, soit une mortalité de 2,7 %, beaucoup plus faible que la moyenne départementale. Mais la commune d’Arâches a vu également naître l’horlogerie et beaucoup de ses habitants travaillent dans des ateliers d’horlogerie et de mécanique. Durant le conflit, ces hommes ont donc été plutôt placés à l’arrière, exploitant leur savoir-faire dans les usines d’armement.
L’autre raison de la surmortalité savoyarde s’explique par le recrutement local des différents régiments. Les Savoyards sont donc principalement enrôlés au sein du 30e régiment d’infanterie d’Annecy et du 97e RI de Chambéry. Or, les pertes au sein de l’infanterie sont beaucoup plus élevées que dans tous les autres corps. Un régiment était composé d’un millier d’hommes environ. Sur l’ensemble du conflit, les pertes du 30e RI s’élèvent à 1498 soldats, celles du 97e RI à 1723. Chaque régiment a dû être reconstitué à plusieurs reprises durant les quatre années de guerre.
Au Grand-Bornand, 14 conscrits bornandins (nés en 1894) figurent sur la liste de recensement militaire. 4 ont été réformés ou classés en service auxiliaire. Sur les 10 partis au front en première ligne, 2 ont été blessés et mis à l’arrière, 2 autres ont été prisonniers, 5 sont morts. Le seul à avoir effectué les quatre années sur le front, Léon Joseph Bétend, était aussi l’unique artilleur, les neuf autres étant des fantassins.

Jean-Philippe Chesney

Sources


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Robin des Bois à Manigod, ou l’incroyable odyssée de Claudy Fillion-Robin

Pour illustrer le sobriquet de plaidieux que l’on donnait aux habitants de Manigod, voici l’aventure incroyable du sieur Claude Fillion-Robin, le Robin des Bois de Manigod… dont nous devons l’évocation à la plume alerte de Michel Voisin, telle qu’elle a été contée par Monique Fillion lors de la causerie du 07 février 2014.

L’histoire débute en l’année 1762, lorsque dame Dupont, comtesse de la Barre, vend la seigneurie de Manigod au notaire de Thônes Jean-François Missillier. Ce dernier se comporte aussitôt en véritable tyran. Il fait valoir ses prérogatives avec une telle intolérance, avec un tel despotisme que le conseil municipal manigodin adresse bientôt une supplique au roi de Sardaigne (2) pour qu’il oblige le notaire thônain à rétrocéder ses droits à la commune en échange d’une somme à définir.
Les sieurs François Veyrat et Claude Fillion-Robin reçoivent alors délégation officielle pour établir et négocier l’accord. Mais le notaire traîne les pieds. A tel point qu’il ne faut pas moins de quatre années et treize voyages des deux délégataires jusqu’à Chambéry, où se trouve l’administration royale, pour mettre au point un contrat de vente qui soit acceptable par les deux parties.
Enfin, après les dernières tergiversations, une réunion publique à Manigod, le dimanche 21 septembre 1766, adopte les termes définitifs d’un projet de cession. Et le 31 décembre de la même année, pour la somme de 9.500 livres, la commune de Manigod se libère de tous les droits et privilèges dont les seigneurs feudataires avaient joui jusqu’ici. Débarrassée du joug du notaire, Manigod devient ainsi légalement une commune libre ! Du moins le croit-elle !

Car le notaire Missillier, qui n’a consenti à cette vente que sur l’ordre royal de Charles-Emmanuel III, porte l’outrecuidance jusqu’à faire table rase de la majorité des accords. Il s’estime, entre autres, toujours propriétaire des droits de chasse et de pêche. Le conflit dure encore une éternité ! Ainsi, en 1774, un dénommé Claude Burgat domicilié aux Pythières, qui a tué un lièvre déambulant près de sa ferme, se voit-il infliger une amende par le notaire thônain. Et comme le pauvre Burgat ne peut pas payer, le notaire ajoute frais sur frais à la somme initiale. L’affaire s’envenime à tel point que Missillier fait saisir la seule vache que possède le pauvre Burgat… Un huissier nommé Bachoud, escorté de ses sbires, monte de Thônes pour s’emparer de l’animal.
Mais les kidnappeurs n’allaient tout de même pas redescendre dans la vallée avec la bête. Ils n’allaient tout de même pas la nourrir tout l’hiver afin d’espérer la vendre à la prochaine foire qui ne se tiendrait qu’au printemps !
Non, l’huissier conçoit aussitôt un plan génial : vendre aux enchères l’animal saisi aux Pythières. Quand ? Mais à la sortie de la messe de Manigod, bien sûr, puisque c’est à ce moment-là que l’on trouve le plus de monde sur la place du village !

La scène se passe un dimanche de janvier 1775. Aux fidèles qui sortent de l’église, l’huissier, entouré de ses valets armés, propose :
« Qui veut ma vache ? Qui veut ma vache ? »
Et la foule de répondre unanimement : « Personne ! Personne ! »
Le vendeur insiste : « C’est une affaire ! Vous l’emporterez pour un très bon prix ! »

Mais le public est de plus en plus scandalisé devant l’arrogance des gens délégués par le notaire. Après une tentative de conciliation négociée par le syndic (3) M. Bernard-Bernardet, les Manigodins arrachent l’animal des mains de l’huissier et le rendent à son ancien propriétaire qu’une escouade de protection accompagne chez lui avec sa bête.

L’affaire suscite bientôt un retentissement considérable.
Auprès du Sénat de Savoie à Chambéry, le notaire Missillier, jouant les personnages outrés, fait passer cet incident pour une émeute populaire, pour une révolte séditieuse contre l’autorité de Sa Majesté le Roi. Et comme des prémices de révolution (un vent venu de France) commencent déjà à affoler les hautes autorités royales, le notaire enlève la décision : oui, disent les juges, il a bien été spolié ; oui, on a bien bafoué l’autorité royale sur la place de Manigod !

Dès le début février, un mandat d’arrêt est adressé aux carabiniers royaux qui viennent saisir François Bernard-Bernardet, le syndic de Manigod et tout son conseil municipal, pour les conduire dans les prisons annéciennes du Palais de l’Isle. Tous ? Non, tous sauf un… Car il manque un protagoniste à l’appel : un certain Claudy Fillion-Robin.
Cet astucieux conseiller a anticipé l’événement. Lors de l’arrestation de ses collègues il s’est habilement caché. Puis, comprenant qu’il n’y a rien à attendre du Sénat de Savoie basé à Chambéry, assemblée toute acquise au notaire Missillier, il entreprend de se rendre à la Cour du Roi à Turin, muni d’une procuration lui permettant d’officialiser sa démarche.

Le succès n’est vraiment pas garanti d’avance. Dans la capitale du Piémont, et du Royaume, il ne faut pas moins de trois mois d’obstination à notre messager. Multipliant sollicitations et suppliques à la cour, il arrive, enfin, à faire authentifier de la main même du roi, les franchises de Manigod. Ainsi la saisie de la vache était-elle illégale ? Oui ! Et l’arrestation du Conseil municipal de Manigod totalement injustifiée ? Oui, deux fois oui ! Toutefois un nouvel obstacle se dresse, encore, sur la route du valeureux Claudy.
Nous sommes toujours à Turin où Claude Fillion-Robin fait, depuis trois mois, le siège de la cour du roi Victor-Amé III (1). Sa majesté a reconnu dans leur totalité les bons droits de la commune de Manigod. Toutefois, si le recours, de la part du roi, a été obtenu gracieusement, l’entérinement de tous les documents par l’administration de la Cour est, lui, bien payant. On réclame 200 livres au pauvre Claudy ! Or il n’a plus un seul sou ! Va-t-il être contraint de repartir bredouille ? Heureusement non. Car sa détermination émeut le comte d’Arâches, messire Félix Bertholozon, du Faucigny, qui consent à avancer la somme exigée. Ouf !

Notre Claudy reçoit enfin, l’authentification de son précieux viatique : l’attestation royale permettant l’élargissement de tous ses collègues du conseil municipal injustement incarcérés… De retour dans son village, il annonce la bonne nouvelle à la population. Puis il se rend à Chambéry, au Sénat de Savoie, pour faire valider, de ce côté des Alpes, tous les documents visés à Turin.
Quelques jours de patience encore et, enfin, Claude Fillion-Robin peut envoyer une missive à Manigod demandant aux épouses et aux amis des conseillers emprisonnés d’atteler sept juments et de les amener à Annecy, jusqu’aux portes de la prison. Ce qu’ils s’empressent d’exécuter.

Toutefois, en traversant la ville de Thônes, cette cavalcade singulière intrigue tellement le notaire Missillier qu’il se met à la suivre de près, jusqu’à Annecy. Ici l’attend une bien désagréable surprise. En effet, lorsque les conseillers, tout heureux de leur élargissement, gaillardement juchés sur juments et charrettes, accompagnés de tous leurs proches, se trouvent réunis sur le Pâquier, ils aperçoivent le notaire Missillier qui arrive en ville par la route de Thônes. Claudy et sa troupe passent devant l’ex-seigneur de Manigod en redressant fièrement la tête tandis que la foule des accompagnateurs se permet moult quolibets vengeurs.
On devine que les 27 km du retour se passent dans l’allégresse. Et quand la troupe approche du chef-lieu du village, le curé Terrier fait carillonner la grande cloche de l’église. Cette initiative permet alors à une foule nombreuse et enthousiaste d’accueillir ses héros dans une liesse générale.

Quant à Robin, il mériterait bien qu’on lui élève une statue à l’entrée du village pour son obstination et le succès heureux de ses démarches.

Monique Fillion

Notes

(1) On a longtemps dit, indifféremment, Amé ou Amédée.
(2) Dans la suite des Ducs de Savoie, Victor-Amédée II (1675-1730) fut le premier Roi de Sardaigne. Il fut suivi de Charles-Emmanuel III (1730-1773) puis, par Victor-Amédée III (1773-1796).
(3) En 1738 les communes de Savoie avaient toutes reçu une administration uniforme. Les anciennes assemblées de « communiers » propriétaires furent, alors, remplacées par des Conseils présidés par un syndic (équivalent de notre maire actuel).


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Les sobriquets de la vallée de Thônes

Depuis très longtemps, les habitants des villages du Val de Thônes sont affublés de surnoms par leurs voisins.nuage de sobriquets. Word it out Ces sobriquets étaient attribués à l’ensemble de la population d’une commune à cause d’un trait de caractère, d’une façon de réagir face aux événements, ou encore de l’activité principale exercée. L’objectif était souvent de ridiculiser certaines personnes du village, car les sobriquets étaient peu flatteurs, ironiques ou malicieux, mais rarement injurieux.
Ils sont encore quelquefois utilisés pour se moquer, ou tout simplement pour évoquer, des populations de tel ou tel village, à l’occasion de certaines manifestations.

Voici la liste des différents sobriquets par lesquels les habitants des villages du Val de Thônes étaient –et sont quelquefois encore- désignés, ainsi que leur origine :

  • Les berceux de Dingy Saint Clair
  • Les facheux de bris d’Alex (les fabricants de berceaux)
  • Les tambornis de La Balme de Thuy (tambours : allusion plaisante aux seaux et cuviers qu’on fabriquait dans la commune)
  • Les avares des Villards-sur-Thônes (encore de nos jours ce surnom se retrouve dans de nombreuses histoires racontées sur la pingrerie supposée des Villardins) ou les kergnes des Villards (espèce de poires dures, très répandues dans ce village, difficiles à manger !)
  • Les avocats, les philosophes de Saint-Jean-de-Sixt, on ajoutait aussi les surnoms de farauds et de muscadins (est-ce leur grande sagesse, ou leur attitude laïque qui a valu aux Saints-Jeandins leur surnom de « philosophes » ?)
  • Les doyeux d’Entremont (les joueurs)
  • Les braffieux ou brafaudis du Grand-Bornand (les brasseurs d’affaires car ils étaient réputés pour être des personnes très entreprenantes)
  • Les plaidieux (les plaideurs) du Petit-Bornand
  • Les politicos, les chaves de La Clusaz
    Au sujet des chaves il existe deux interprétations, probablement autant vraie l’une que l’autre :
    – pour certains les chaves sont des sortes de choucas qui vivent dans les rochers; les gens du bas de la vallée se moquaient ainsi des habitants de La Clusaz qui semblaient être accrochés aux pentes de leur village !
    – pour d’autres un chave est un morceau d’écorce de l’arbre. Lorsque les thônains voyaient des écorces dans le Nom (affluent du Fier qui prend sa source au Col des Aravis), c’est qu’elles arrivaient de La Clusaz… Ainsi lorsqu’ils voyaient un habitant de La Clusaz arriver à Thônes le long du Fier ils s’exclamaient : « tiens, un chave ! »
  • Les désolas des Clefs
    Avec la particularité d’avoir un sobriquet dans chaque hameau :
    Lou lech’pliats des Cliés, les gastronomes du chef-lieu
    Lou linzerde des Poyets, il fait bon profiter du soleil sur ce versant très ensoleillé
    Lou danfaré des Poyets, car l’on aimait aussi y danser dès qu’une occasion se présentait
    Lou malheureux d’La Frasse
    Lou çhantapolé d’Laçha, où devaient résider les ténors de la chorale
    Lou zélâ des Envers
    Lou r’nâ du Vié
    Lou rafâ’blesson d’Tosbrand (de Montisbrand)
    La varm’nâ de Belchamp
    Lou m’gi d’tartiffles du Crêu et des Grang’té (Les Grangettes)
  • Les rancuneux (rancuniers) de Serraval
  • Les Anglais ou les savatis de Thônes
    Cette dénomination d’Anglais pour les gens de Thônes est probablement due aux échos anglophones renvoyés d’Amérique par les émigrés des XVIIIe et XIXe siècles. (Par des dons à la ville de Thônes Joseph Avet, émigré en Louisiane, « subventionne » des cours d’anglais !). Une autre explication fait référence aux riches propriétaires et bourgeois habitant cette « ville » qui par leurs allure et habillement voulaient ressembler aux riches Anglais qui visitaient les Alpes !
    L’appellation de savatis viendrait du grand nombre de cordonniers qu’on trouvait à Thônes au Moyen Age, où l’on travaillait le cuir provenant des tanneries locales.
  • Les poures peraizaeux de Manigod (les pauvres paresseux) ou les plaidieux de Manigod (les plaideurs) de leur obstination à faire valoir leur bon droit

Il arrivait aussi que les habitants de certains hameaux soient affublés de surnoms spécifiques, souvent peu élogieux pour les personnes ! Les autres surnoms étaient propres aux individus et se retrouvent encore dans nombre de noms de famille double voir triples, encore très fréquents en Savoie.
Désormais, si vous entendez parler de brafaudis ou de philosophes, vous saurez des habitants de quel village il s’agit !

Monique Fillion

Sources


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Marie Péchoux (1914 – 2014)

Ces dernières semaines, les Amis du Val de Thônes ont eu une grande joie suivie d’une grande tristesse. Le 23 mai, quelques-uns d’entre nous sont allés à l’EHPAD Joseph Avet fêter le 100e anniversaire de Marie Péchoux, née Bibollet, membre fondateur de notre association dont elle était devenue l’image emblématique.

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Les AVT fêtent les 100 ans de Marie Péchoux, le 23 mai 2014

Marie a été la première centenaire des Amis du Val de Thônes. Avec des rissoles à l’ancienne, pour lui rappeler celles de son enfance, nous lui avons souhaité un bon anniversaire. Elle nous a remerciés de son beau sourire sous ses yeux bleus pétillants. C’est le souvenir que nous garderons d’elle, toujours disponible, les mardis ou jeudis après-midi pour montrer les gestes ancestraux liés au travail de la laine. Elle connaissait son rôle par cœur, expliquant derrière son rouet comment prendre les flocons cardés, comment appuyer régulièrement sur la pédale et à quoi servait la plume accrochée près de la bobine. Avec sa coiffe et sa croix de Savoie, elle faisait le bonheur des touristes de passage, prenant la pose dès qu’on l’en priait. D’année en année ceux qui revenaient nous demandaient de ses nouvelles, si par hasard elle n’était pas présente à la galerie.

L’après-midi du vendredi 13 juin, nous l’avons accompagnée pour son dernier voyage. Elle a rejoint son mari André et sa petite sœur Fernande avec qui elle formait une équipe de fileuses, uniques et si précieuses aux Amis du Val de Thônes.

A ses neveux et nièces, nous disons toute notre sympathie et notre gratitude pour les longues années où Marie a été non seulement une mémoire mais une âme des Amis du Val de Thônes.

Retrouvez-la en images dans cette vidéo :

Vidéo : Jean Vuarchex et Christian Lavillat, © Amis du Val de Thônes, réalisation en 2008 à la galerie des Amis du Val de Thônes

Balade autour des origines des lacs des Aravis

Les lacs qui nous entourent n’ont pas toujours existé : certains ont été façonnés par le mouvement et la fonte des glaces, les autres ont une origine humaine.

Les lacs d’origine glaciaire

Les lacs les plus anciens du Val de Thônes n’existent plus. D’origine glaciaire, ils ont fini par disparaître, l’érosion aidant à faire sauter les bouchons des cluses. Le dernier lac glaciaire de Thônes a existé sans doute pendant quelques milliers d’années, jusqu’à la fin de la dernière glaciation. Allant de Dingy à Thônes, le déversoir était l’actuel col de Bluffy. Ce lac résultait à la fois du repli des glaciers vers le haut de la vallée, et du maintien de la glace au défilé de Dingy qui empêchait l’écoulement de l’eau du Fier !

Le lac des Confins

Il s’agit d’un lac proglaciaire, c’est à dire qu’il s’est formé à l’avant d’un glacier, en l’occurrence le glacier de la combe de Bella Cha.
D’une profondeur maximale d’environ 6 m, il renferme environ 130.000 m3 d’eau. Depuis 1987 des skieurs et plus généralement des glisseurs essaient de le traverser à ski en prenant leur élan sur une piste de ski. Cet événement, le Défi Foly organisé par le Club des Sports de La Clusaz, a lieu à chaque printemps pour fêter la fin de la saison de ski.

Le lac de Tardevan

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Le lac de Tardevan

On le découvre au terme d’une balade agréable au départ du lac des Confins. Avec ses 2110 m d’altitude c’est le plus élevé des Aravis.

Le lac du Mont Charvin

Source du Fier, ce lac est perché à environ 2010 m d’altitude. Sa profondeur maximale est d’environ 3 m.

Le lac de Peyre

Objectif d’une randonnée très courue au départ du Col de La Colombière, le lac est situé sur la commune du Reposoir, sur le chemin du col de Balafrasse, réputé pour la présence de nombreux bouquetins.

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Le lac de Lessy en 2009

Le Lac de Lessy

D’une profondeur de 5 m au mieux, valeur sujette à évolution, le Lac a subi des travaux importants en 2007 pour améliorer son étanchéité, faute de quoi il aurait probablement disparu ou été réduit au rang de « gouille » d’eau.

Les lacs artificiels et les retenues collinaires

Le lac de Thuy

Lac en eaux closes, il s’agit d’un lac artificiel créé avec la zone artisanale de Thônes au début des années 1970, il prend vraisemblablement la place d’un plus grand lac glaciaire qui a pu exister voici plusieurs millénaires à l’entrée de la vallée.
Au début du projet, le plan d’occupation des sols (POS) de la ville de Thônes prévoyait de réaliser la zone artisanale à l’emplacement du lac. M. Besson, adjoint au maire chargé de la commission urbanisme et travaux, a proposé de placer la zone là où elle est aujourd’hui, afin de conserver la forêt et le petit étang déjà présent pour créer une zone de loisirs. Le lac a ainsi été creusé par l’entreprise Pegaz et Pugeat pour obtenir le gravier nécessaire au remblai de la zone. A l’origine une petite île était présente au centre du lac, aujourd’hui il est empoissonné régulièrement.

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Le lac artificiel de la Ferriaz enneigé
(Photo Jean-Philippe Chesney)

Les retenues collinaires de La Clusaz

  • Le Crêt du Merle, 15.000 m3, créé en 1994, 26.000 m3 en 2005
  • Beauregard (2003) lac artificiel de la Ferriaz, 41.000 m3
  • Balme, Lac du Plan du Lachat, 64.000 m3 à l’origine (agrandi en 2013)
  • Le lac artificiel des Laquais (été 2007) 58.000 m3

Les retenues collinaires du Grand Bornand

  • Le lac de la Cour au Chinaillon, creusé en 1994 (57.00  m3), a été vidangé en 2011. Profondeur de 8 m. Lâchés de truites arc-en-ciel
  • Le nouveau lac du Maroly, 300.000 m3, profondeur de 18 m, compte parmi les plus grands lacs artificiels des Alpes.

La retenue collinaire de Merdassier à Manigod

Elle a été créée au début des années 2000 (entre 2005 et 2009) pour assurer l’enneigement artificiel des pistes.

 

Pour la pêche dans les lacs et rivières, nous vous invitons à vous rapprocher de la société de pêche de Thônes http://thones-peche.fr ou de la fédération des associations de pêches.
Il existe également des lacs souterrains, pour en savoir davantage nous vous invitons à vous rapprocher d’une association de spéléologie locale, du bureau des guides ou d’une entreprise spécialisée.
Pour des informations sur la baignade nous vous invitons à vous rapprocher des Offices de Tourisme concernés et à respecter la signalisation en vigueur autour des lacs. Celle-ci est généralement interdite dans les retenues d’eau qui sont utilisées pour l’enneigement artificiel ou l’alimentation en eau des communes.

Erwan Pergod

Sources

  • Monographie physique des plans d’eau naturels du département de la Haute-Savoie, J. Sesiano- France, Université de Genève – Département de minéralogie,‎ 1993

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Pour en savoir plus sur l’origine des retenues collinaires, vous pouvez vous référer à notre article sur les stations de ski du Val de Thônes.

Reblochon et beaufort : voisins mais pourtant si différents

« Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromages ? »

Cette phrase attribuée au général de Gaulle, met l’accent sur la complexité territoriale française et le sentiment régional qui en découle. Le fromage, loin d’être un simple produit, dissimule dans ses techniques de fabrication différents rapports que nos ancêtres entretenaient avec le sol, le relief, la propriété et le marché. D’ailleurs, une majorité des fromages, mais pas le reblochon, tirent leur nom de leur zone de production.

Le fromage : connu depuis le néolithique

Rappelons une évidence : le fromage permet de stocker et de conserver un produit, le lait, qui sous sa forme liquide est rapidement périssable. On fait remonter la fabrication fromagère à la fin du Ve millénaire av. JC, elle est évidemment postérieure à la domestication des animaux et à l’agriculture. La légende raconte que le mécanisme de fabrication du fromage a été découvert par hasard, lors du stockage et du transport du lait. Celui-ci s’effectuait par le biais de conteneurs fabriqués à l’aide de peaux de bêtes et d’organes internes. La présence naturelle des présures dans l’estomac a permis la transformation du lait en lait caillé et petit-lait. Dés lors, le fromage s’est répandu sur l’ensemble du continent eurasiatique, principalement dans les zones montagneuses (Himalaya, Caucase, Alpes) et agro-pastorales, permettant d’exploiter au mieux une ressource saisonnière : l’herbe.

Beaufort et reblochon : des différences nées dans l’histoire et la géographie

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Au salon agricole de Paris, Savoie-Mont-Blanc communique en liant le territoire et ses fromages

Les deux départements savoyards comptent cinq fromages AOP (Appellation d’Origine Protégée qui remplace l’Appellation d’Origine Contrôlée). Ce sont : le reblochon, le beaufort, l’abondance, le chevrotin et la tome des Bauges. Le reblochon et le beaufort sont les deux plus importants. Leurs zones de production sont voisines, elles se chevauchent même sur le Val d’Arly et aux Contamines-Montjoie (pour le versant du col du Joly). Pourtant ces deux fromages sont nés de deux histoires et de deux terroirs bien différents.

Le plus délicat à fabriquer n’est peut-être pas celui que l’on croit

Tous les agriculteurs des vallées des Aravis vous le diront, le reblochon est un fromage délicat, parfois même capricieux à fabriquer. Il est très dépendant de la qualité du lait (un « mauvais » lait d’une seule vache peut faire rater l’ensemble de la fabrication) et de la température extérieure (ni trop chaud, ni trop froid). Autrefois, les reblochons étaient durs par temps de sécheresse (ils séchaient trop vite) et amers en période de grand froid (ils n’arrivaient pas à sécher).

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Le moment le plus délicat de la fabrication du reblochon : le décaillage. Le lait a coagulé et forme un caillé qui est découpé en petits grains

La principale raison de ces difficultés est la faible température à laquelle le lait est transformé (33 degrés). Ainsi, dans la plupart des fermes, le lait n’est absolument pas réchauffé, puisque, sortant du pis de la vache à une température de 38 degrés, il est directement travaillé. Cette qualité sanitaire irréprochable s’applique également pour le reblochon fruitier (celui fabriqué en laiterie) dont la zone s’étend sur une grande partie de la Haute-Savoie. C’est la raison principale pour laquelle ce département est, depuis plus de vingt ans, classé comme le premier département français sur la qualité du lait.
Le beaufort, celui que l’on surnomme « le prince des gruyères », est considéré comme un fromage à pâte pressée cuite, car après caillage le lait est chauffé à une température de 54 degrés. Cette hausse de la température, même si l’on est loin de la pasteurisation (hausse de la température à 72 degrés et refroidissement rapide), supprime déjà un grand nombre de germes indésirables.

Le beaufort : un fromage collectif / Le reblochon : un fromage individuel

Outre leur pâte, la principale différence entre les deux fromages est leur poids. Le reblochon ne doit pas dépasser 550 grammes (450 g minimum) tandis qu’une meule de Beaufort affiche entre 40 et 60 kg. Un poids qui nécessite 4 à 5 litres de lait pour le reblochon et entre 400 et 600 pour le Beaufort. Il y a cent ans, une « bonne vache » pouvait produire quatre à cinq litres de lait à chaque traite. Mais les hectolitres de lait nécessaires pour une meule nécessitaient un troupeau avoisinant les cent têtes. C’est la raison principale pour laquelle le Beaufort est indéniablement lié à la pratique de l’alpage, une pratique très différente de celle que l’on peut rencontrer dans les Aravis.

Au Grand-Bornand, l’altitude de la plupart des alpages est comprise entre 1300 et 1700 mètres, celui du col des Annes étant le plus élevé, à 1721 mètres. Dans le Beaufortain, cet étage alpin correspond à la montagnette et dans le Haut-Faucigny aux « remues » : c’est-à-dire des alpages intermédiaires avant de rejoindre les alpages collectifs au-delà de 1800 mètres. Ces alpages collectifs, qui n’existent pas dans les Aravis, permettent d’exploiter les vastes prairies de la pelouse alpine. Les troupeaux sont rassemblés en importantes unités pastorales. La fabrication du lait et l’entretien des troupeaux sont laissés à des vachers et à des fromagers, payés par la collectivité. Dans le Beaufortain, le lait d’une seule traite servait à fabriquer une seule meule. Les meules étaient ensuite affinées et conservées à l’alpage, puis descendues dans la vallée une fois la saison terminée. Les communiers se les partageaient alors (le fruit des alpages). Le reblochon nécessite quant à lui un écoulement plus rapide, car il peut difficilement se conserver plus de deux mois. D’où la nécessité d’une mise en vente plus régulière. Le marché du Grand-Bornand existe officiellement depuis 1795 et permet chaque mercredi l’écoulement des reblochons produits. Aujourd’hui encore, les producteurs apportent leurs jeunes fromages, âgés de sept jours, aux affineurs. Ceux-ci les conserveront au minimum 21 jours.

Pour le beaufort, la production à la ferme est devenue rare (2 à 3 producteurs contre 140 pour le reblochon). Cependant grâce aux coopératives, les plus importantes étant celles de Bourg-Saint-Maurice et de Beaufort, les agriculteurs conservent une maîtrise collective de leur produit. Les coopératives assurent le ramassage du lait, le processus de fabrication, l’affinage (supérieur à 6 mois pour le beaufort d’été) et la commercialisation.
Pour le reblochon fermier, du fait peut-être de son essence individuelle, la partie coopérative et collective est moins présente. Les marchands puis les affineurs traitent directement avec les agriculteurs. Exception à cette règle, la coopérative de Thônes créée tardivement, en 1971. Elle réunissait alors 19 producteurs et 2 salariés. Aujourd’hui elle assure un tiers de l’affinage du reblochon fermier et emploie près de 50 personnes.

Conclusion

Petit, nécessitant beaucoup de manutention (il faut le retourner et le nettoyer deux fois par jour), délicat, ne pouvant pas se conserver au-delà de deux mois, le reblochon présente à première vue beaucoup d’inconvénients. Il correspond cependant à une exploitation familiale, proche de sa zone de commercialisation et illustre parfaitement le fait qu’un fromage, c’est la rencontre d’un produit et d’un terroir.

Texte et photographies Jean-Philippe Chesney


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