Histoire de « L’AUBERGE FLEURIE » 5 rue Jean-Jacques Rousseau à Thônes

Cette grande bâtisse jaune clair, située au milieu de la rue de la Saulne, est d’un style altier, genre « art déco primitif », avec un puits de lumière éclairant un magnifique escalier intérieur en bois desservant les 2 étages et les combles. Il y a de grandes hauteurs sous plafond, les pièces sont éclairées par de nombreuses fenêtres hautes et plein cintre, agrémentées de vitrages polychromes en leur partie sommitale. Un grand parc en agrémente les abords. Elle eut de nombreuses affectations et dénominations : Villa Agnellet, Hôtel de la Paix, Auberge Fleurie, École Maternelle et enfin Maison pour quelques associations et le Secours Populaire dans la cour. Retour sur les différentes époques…

François Agnellet (maire de Thônes 1865-1872) et son frère Joseph (maire 1873-1877) font construire cette grande villa avec son parc, vers 1865 ; elle touchait presque l’angle de celle qui se trouvait au milieu de l’actuel rond-point de l’auto-école. Cette dernière sera plus tard désignée comme « maison Vacherand », démolie en 1909. Julien (né 1855-mort en 1905) fils dudit Joseph utilisera cette somptueuse demeure, comme domicile, mais sera souvent sur Paris, pour ses affaires ; il était directeur de la manufacture Agnellet frères à Thônes (fabrique de chapeaux). On rappelle que Joseph offrit entre autres, la belle fontaine de la place du Marché. François, Joseph et Parfait avaient fondé la chapellerie de Tronchine, avec des magasins à Paris (et même un au Mexique). Maurice (fils de Julien) habitant Paris puis parti au Maroc, vend en 1913 cet hôtel particulier, à Bernard Veyrat Durebex (1869-1953), fils d’un aubergiste de Manigod, qui fut aussi capitaine des Pompiers de Thônes.

Bernard Veyrat, après 1913, réaffecte et renomme cet édifice « Hôtel de la Paix » avec restaurant et toujours son grand parc. A cette époque il réunit la maison qui est à l’angle Nord-Est du parc, outre l’actuelle rue J-Jacques Rousseau, à ce bien immobilier, ainsi que l’annexe côté ouest contiguë au bâtiment principal. La partie restauration fut tenue par des Baussant puis des Mouthon. En 1923 Bernard Veyrat vend l’hôtel et l’annexe à Charles Gustave, dit Max Linder, suédois, fourreur à Paris.

La famille Linder entreprend de remonter l’hôtel d’un étage, ce qui ne va pas arranger dans le futur, l’état des murs des façades, très lézardées de nos jours. L’établissement se nomme toujours « Hôtel de la Paix », de nombreuses familles de Thônes y font leurs repas de noces. Max Linder semble avoir proposé la gérance à Monsieur et Madame Lantier dès 1944-45, puisque lui-même réside à Genève en 1944. C’est sa fille, épouse Bridel, habitant le canton de Vaud qui vend en 1951 aux Lantier

Le couple Lantier dans les années 50, renomme cet hôtel « Auberge Fleurie » et l’exploite quelques années, avant la revente à la Commune de Thônes en 1953.

Dès lors la Commune réaménage le bâtiment pour accueillir des colonies de vacances. Puis en 1955, elle décide de nouveaux travaux pour installer l’école maternelle qui vient de quitter la rue Blanche. De ce fait, il faut détruire un bâtiment étroit, tampon entre l’annexe et l’ancien hôtel, pour laisser un cheminement de sécurité joignant l’arrière de l’édifice, à la rue de la Saulne, coupant ainsi la continuité des façades de cette rue de la Saulne. En 1957, une partie du parc est cédée pour le passage d’une nouvelle rue rejoignant les Addebouts à la Tannerie Collomb, allongeant ainsi la rue de la Charrette : c’est l’actuelle rue Jean Jacques Rousseau, réalisée sous le mandat du maire Marcel Vulliet.

Une nouvelle école maternelle est construite en 1977,dans les anciens jardins du groupe Thurin (École primaire de la Curiaz) ; elle remplacera celle de l’ancienne Auberge Fleurie, qui perdura jusqu’au début des années 2000. De nos jours, les étages supérieurs abritent désormais 3 logements sociaux. Les autres locaux sont occupés par des Associations et le bureau des Gardes forestiers. L’ancienne salle de sport dans la cour est utilisée par le Secours Populaire.

Ph. SALIGER-HUDRY et J.-F. CAMPARIO, pour les Amis du Val de Thônes.

Illustrations : Collection Amis du Val de Thônes

Le patronyme Perrillat de Grand-Bornand

Philippe Saliger-Hudry nous explique les différentes branches du célèbre nom Perrillat du Grand-Bornand : cliquez-ici pour lire l’article

Pour en savoir plus vous pouvez vous reporter à l’ouvrage de Laurent Perrillat auteur du n° 29 de notre collection.

Souvenirs d’un corbillard chouchouté par ses concitoyens

En 1962, Eugène VULLIET, fabriquant des cercueils comme quelques collègues menuisiers, investit dans l’achat d’un véhicule corbillard motorisé et monte sa société de pompes funèbres. C’est la fin d’une époque.

Jadis les enterrements avaient lieu dans l’église pour les officiers du culte, et dans le cimetière entourant l’église pour les paroissiens. A partir de 1794, des règles d’hygiène ayant été instituées, un cimetière séparé fut construit à l’arrière de la rue des Clefs, et la première personne qui y fut inhumée s’appelait Etiennette SONNIER née GOLLIET. Le transport se faisait à bout de bras depuis l’église, puis vint l’utilisation du char à bras jusqu’à ce que le corbillard tiré par un cheval ne débarque en guise de modernité. Le dernier « pilote » fut Alexandre FAVRE, dit Sandre CROZET.

Petite particularité thônaine liée à la conformation des lieux : le corbillard ne pouvait passer que rue des Clefs à cause de la présence de la voûte sur l’accès arrière du cimetière ; mais sur cette rue, le convoi funéraire devait s’arrêter devant la grande porte de l’ancien collège, elle aussi trop basse, afin que le corps soit à nouveau porté à bouts de bras ; la cour du collège traversée, le cortège pouvait enfin passer sous un grand préau et accéder au cimetière. Cela amusait beaucoup les élèves, en récréation ou aux fenêtres ! Cela dura jusqu’à la démolition du collège vers 1935.

Vue de la façade arrière de l’ancien collège, avec sa porte cochère trop basse pour le corbillard

Lorsque l’on cherche des renseignements dans les délibérations des anciens conseils municipaux, on ne trouve que peu de détails, ces réunions étant des chambres d’enregistrement suite au travail (non archivé) en commissions ; en revanche, les règles de fonctionnement du corbillard, certes outil de toute première importance, s’étalent sur plus d’une page du grand livre, suite à une remise à neuf complète pilotée par la commune en septembre 1932.

Le devis proposé par Monsieur Jean FOURNIER, ferronnier, fut approuvé à l’unanimité ; le montant était de 1757 Francs, dont 680 Francs pour les 4 baldaquins et 500 Francs pour la peinture « de luxe ».
Voilà les consignes instaurées par le conseil municipal à l’occasion de cette réfection :

Le corbillard équipé de ses panaches (1) et de ses lambrequins (2)

1) Les conseillers de chaque section signaleront les arbres placés en bordure des chemins publics dont les branches gênent le passage du corbillard ; les propriétaires de ces arbres seront mis en demeure par le garde champêtre de procéder à un élagage sous peine de remboursement à la commune des frais engagés à l’exécution du travail.
2) Il y aura lieu de ne pas sortir ou de tenir à l’abri le corbillard jusqu’au jour d’une sépulture.
3) Monsieur FOURNIER, adjoint, concevra un caisson en bois afin de protéger les panaches (1). Ceux-ci ne seront arborés qu’à l’entrée de la ville. Il sera également chargé de faire installer dans le hangar du corbillard un placard avec penderie afin de remiser à l’abri des poussières les lambrequins (2) et autres garnitures en étoffe.
4) Le cantonnier de la section ville est chargé du bon entretien du corbillard. Après chaque usage, il fera sécher, brossera et rangera dans le placard ad hoc toutes les garnitures en étoffe ; il enlèvera soigneusement avec une éponge humide toutes les traces de poussière ou de boue existant sur la carrosserie. Pour cette tâche, il sera rémunéré de 5 francs par sortie du corbillard dans la commune.

Quel sérieux, quelle précision, et quel respect collectif pour les familles endeuillées !

Jacques VULLIET

Le corbillard, au musée d’arts et traditions populaires du Val-d’Arly, à Ugine

(1) Panache : assemblage décoratif de plumes flottantes. Sorte de flambeau disposé en haut et de chaque côté du corbillard,
(2) Lambrequins : étoffes pendantes et découpées en festons, souvent ornées de franges et de glands, qui décorent les ciels de lits. Il existe des lambrequins de toile, de velours ; des lambrequins à franges et à glands…

Sources :
-Revues AVT N° 13 & 19 (Y. Angelloz, M.F. Emerich & A. Veyrat – Abbé G. Accambray)
-C.R. conseil municipal du 25.09.1932
Histoire de Thônes par le Chanoine Pochat Baron.

🐻🐺🦅Ces prédateurs qui nous faisaient trembler autrefois : Ours, Loups, Aigles

La présence de ces grands animaux a longtemps posé des problèmes dans nos vallées. L’ours a survécu en Savoie assez tardivement, malgré de nombreuses battues. Il est vrai que l’hiver on l’oubliait un peu, à cause de son hibernation. Nos grandes forêts escarpées étaient des refuges bienvenus pour ces plantigrades. De nombreuses « tannes » leur procuraient des logements assez discrets. L’administration offrait une prime pour chaque bête abattue.

Illustration principale de l’article : Montreurs d’ours dans la cour du Collège de Thônes en 1897. Collection Amis du Val de Thônes.

    Quelques dates nous sont parvenues : 

  • En 1810, aux Clefs, vers le Verquois au pied de la Tournette, un ours d’une demie tonne est tué.
  • En février 1826, au Monturban, un mâle d’un an s’approchant du chef-lieu est abattu par un cabaretier de Thônes.
  • En octobre 1829, c’est à Cotagne que trois habitants de la vallée du Montremont règlent le compte d’un mâle de 15 ans. Quelques jours plus tard, au Lindion,  1 mâle et 2 femelles de 11 et 2 ans sont tués.
  • Une famille d’ours est encore abattue vers Ablon en Glière l’année 1844.
  • Dans les journaux on relate une battue à l’ours sur Manigod en 1861.
  • Vers 1870 un ours, signalé à l’alpage de La Rochette au-dessus d’Alex, tue 3 brebis.
  • Les signalements s’espacent : en 1867 un signalement à Manigod, en 1907 un à Dingy, et en 1911 aux Varots de Montremont.

    Au XXe siècle on peut considérer qu’il n’en reste plus. Des toponymes évoquent de nos jours la présence passée de l’ours ou du loup, comme la Combe et la Pointe d’Orsière, ainsi que le Lovet au Bouchet, Praz Lors (pré à l’ours) et La Lovatière sur Manigod, La Bourne à l’Ours au-dessus Chamossière, ou encore Le Crêt du Loup à La Clusaz et Le Pas du Loup en Glière, ainsi que la Lanche à l’Ours au Grand-Bornand. En 1897, les collégiens et habitants de Thônes pouvaient observer 3 ours bruns, enchaînés, animaux de foire, présentés de village en village (voir illustration).  Se termine ainsi l’histoire de « l’ours terrible » qui hantait les esprits de l’époque.

    Le loup, animal plus discret, a néanmoins été l’objet de beaucoup de fantasmes. Il est accusé de nombreux méfaits plus ou moins réels. Se sentant dans un climat d’insécurité, les paysans l’ont impitoyablement chassé, en faisant des battues. En 1892 on peut considérer qu’il a été enfin exterminé dans notre région. On relate le cas du dernier loup tué en 1850 vers Lachat, contrefort du Sulens aux Clefs, par des gens de Belchamp : une bête de 6 ans, poursuivie durant deux jours.

    Le loup a fait l’objet de nombreux contes et comptines bien terrifiantes, auprès des enfants ou des adultes, tels « Le petit chaperon rouge » ou « Le roman de Renard ». Tout le monde a plus ou moins entendu aussi parler de la bête du Gévaudan. En 1660 et 1661, 2 fillettes ont été dévorées non loin du Chinaillon. Ainsi certains faits nous ramènent à la réalité !

    Aujourd’hui, les ours et les loups sont des espèces protégées, certaines ont été réintroduites, comme dans les Pyrénées. Le loup est revenu en France dans le parc du Mercantour dès 1992, puis dans nos contrées en passant par le Parc du Grand Paradis en Italie, avec basculement sur la France par les crêtes et remontée progressive vers le Nord des Alpes. La cohabitation avec les éleveurs devient de nouveau problématique car ces prédateurs s’attaquent aux troupeaux de brebis, de chèvres… En 2009, 4 400 personnes ont manifesté à Thônes contre le retour du loup. Des prélèvements très restrictifs, et encadrés, sont effectués, mais la chasse est passible de fortes amendes.

Ce très ancien piège à loup a été découvert le 27 septembre 2013 dans le massif du Grand Biollay, en dessus du Belvédère à Thônes.
L’objet a été confié à l’espace muséal de Thônes (Photos de P. Mathevon).

    Un autre animal fut considéré comme prédateur supérieur, on l’oublie parfois, c’est l’aigle. De forte envergure, jusqu’à 2 mètres, il peut pour se nourrir, tuer des volailles et même un agneau. 

    On signale en 1925 plusieurs captures d’aigles ou d’aiglons, revendus comme trophées en vue de les faire naturaliser, dont un aigle royal qui est capturé, car blessé, au Tober de Serraval.  En 1932, une dame de Belchamp en attrape un de 1 m 20 coincé dans la barrière de son jardin !

Cet aigle des Carpathes, de passage dans la région, a été abattu près de Thônes en 1953 par Marius Bijasson. Il mesurait 2mètres 25 d’envergure.
L’espace muséal de Thônes propose une salle avec de nombreux animaux naturalisés, dont un aigle local. De quoi ravir les jeunes et moins jeunes !
Espace muséal de Thônes, 1 rue Blanche

Un des derniers aigles tué au XXe siècle le fut à Plambois (Les Clefs) en 1959, il mesurait 2 m 10.

    Depuis quelques années, il semble que quelques couples se soient réinstallés, on évoque les Varots de Montremont, l’Aiguille du Tober à Serraval et vers Tardevant à Manigod.

A la fin du Moyen Age, le Val de Thônes est une riche châtellenie du comté de Genève.

La fauconnerie est le divertissement par excellence de la noblesse au Moyen Age ; le comte de Genève n’y échappe pas. Au XIVe siècle, les comptes de châtellenie consignent avec précision les aires où sont prélevés les oiseaux de proie. Cinq zones de capture principales : le Mont Veyrier, les Voirons, le Mont Salève, la montagne du Charbon dans les Bauges, et… « la Val-des-Clets » ! La Croix Fry et le Mont Durand sont mentionnés.

(Information Matthieu de la Corbière, EXTRAIT de : Thônes et la vallée à la fin du Moyen Age. Exposition des AVT, 2016)

 Autre anecdote insolite : le journal de la Vallée de Thônes indique aussi qu’un cafetier du Col du Marais à Serraval  a capturé 2 loutres en 1927 !

Article collectif des Amis du Val de Thônes.

Sources : 

-articles de presse extraits du Journal de la Vallée de Thônes

-bulletin communal n° 7 des Clefs, 

-notes de Philippe Gallay, 

-extraits des ouvrages des Amis du Val de Thônes, en particulier le numéro 21.

-article de presse de Jean-Philippe Chesney 

Le patronyme Favre en Pays de Thônes et les Favre-Marinet

Philippe Saliger-Hudry nous explique les différentes branches du nom Favre dans le Pays de Thônes : cliquez-ici pour lire l’article

Michel Favre-Marinet nous fait l’honneur de partager avec nous ses recherches sur le patronyme Favre-Marinet, dont il nous explique la formation du nom et les origines à Saint-Jean-de-Sixt au XVIIIe siècle : cliquez-ici pour lire l’article

Quatre frères émigrés aux États-Unis confrontés à la guerre de 1914-1918

Quatre frères Gaillard-Liaudon, natifs du Grand-Bornand et émigrés aux États-Unis, ont été mobilisés en 1914. Ils ont suivi quatre chemins différents, et à la fin de la guerre, un seul a repris sa vie d’avant-guerre : celle d’un émigré français à New York.

Lorsque la guerre éclate le 1er août 1914, tous les hommes âges de 20 à 48 ans sont mobilisables, y compris ceux qui ont émigré au-delà des mers. Au début du XXe siècle, quelques Bornandins (une dizaine) ont rejoint les États-Unis. Les routes migratoires ont changé par rapport au XIXe siècle : ils s’établissent désormais à New York alors en pleine croissance ou en Californie. C’est le cas de quatre frères Gaillard-Liaudon, nés au Grand Bornand entre 1877 et 1886, et émigrés entre 1905 et 1908.
Ce sont les enfants de François Gaillard-Liaudon (1848-1927) et de Marie Perrillat-Bottonet (1852-1898). Une famille particulièrement nombreuse composée de quinze enfants dont onze parvenus à l’âge adulte (5 garçons et 6 filles). Cette famille possède une propriété réduite (l’Envers des Poches) et l’été, exploite un alpage à la Duche. À la mort de leur mère, les cinq plus jeunes enfants ont moins de douze ans.

Quatre frères émigrés aux États-Unis au début du XXe siècle

Propriété réduite, famille nombreuse : les quatre fils Élie (né en 1877), Édouard (1880), Claude (1882) et François (1886) rêvent d’une vie meilleure ailleurs. À tour de rôle, ils traversent l’Atlantique.
L’aîné, Élie, vit au Mexique durant une année (28 novembre 1906 – 30 novembre 1907). Il rejoint ensuite la Californie et la ville d’Oakland. Cette ville située sur la baie de San Francisco est alors en pleine croissance. Épargnée par le séisme majeur de 1906, contrairement à son illustre cité voisine, elle accueille la moitié de la population sinistrée de San Francisco (soit 200 000 personnes) et une grande partie de ses activités économiques.

Édouard le deuxième fils, né en 1880. En 1919, après la guerre, il retourne vivre à New York. Son fils Raymond (1913-1995) a correspondu avec ses cousins français jusque dans les années 80

Édouard, le deuxième fils, arrive à New York le 19 mars 1905. Il rejoint, le 30 novembre 1907, son frère Élie à Oakland. Trois ans plus tard, en 1910, il quitte la Californie pour retourner sur la côte Est. Le troisième, Claude, s’installe à New York dès 1905 et y demeure jusqu’en 1914. Quant à François, le plus jeune, beaucoup d’incertitudes demeurent. Il effectue son service militaire à Annecy durant deux ans (novembre 1907 – septembre 1909) mais est déclaré insoumis par les autorités militaires en 1912, ayant émigré aux États-Unis sans en avoir fait la déclaration. On sait cependant qu’il vit à New York, lieu de naissance de son fils en 1913.
En 1910, New York compte cinq millions d’habitants et les frères Gaillard-Liaudon y exercent la profession de garçon d’hôtel. Trois des quatre frères se marient. Et comme souvent dans l’histoire des migrations, ils épousent des compatriotes, récemment émigrées. François fait une nouvelle fois exception puisque sa femme est belge. Quant à Claude, resté célibataire, il envisage certainement la fin de son exil. En 1913, il achète une propriété à Magland (Haute-Savoie), là où vivent deux de ses sœurs.

En 1914, trois frères sur quatre vont répondre à l’appel de la patrie

Lorsque la guerre éclate le 1er août 1914, cinq enfants Gaillard-Liaudon sont mobilisés : les quatre émigrés aux États-Unis et leur jeune frère Jean-Aimé (né en 1893) resté au Grand-Bornand. Dès l’annonce de la guerre, les trois habitants à New York s’embarquent pour la France y compris François dont l’armée avait perdu la trace. Ils se présentent à Annecy le 28 août 1914 et regagnent leur unité. Édouard et Claude sont incorporés en tant qu’artilleurs. François intègre le 30ème régiment d’infanterie d’Annecy et rejoint ainsi son jeune frère Jean-Aimé. Les épouses et les enfants traversent également l’Atlantique. La femme d’Édouard et son fils âgé d’un an s’installent à Magland chez leur belle-sœur ; celle de François et son enfant gagnent le Grand-Bornand.
Quant à l’aîné Élie, installé en Californie, il n’effectue pas le long voyage vers l’Europe et ne répond pas à l’appel de la patrie. Certainement, pensait-il que la guerre serait terminée avant qu’il n’arrive. Il est déclaré officiellement insoumis le 4 novembre 1914 et perd la nationalité française.

Élie Elie, le fils aîné né en 1877, posant avec sa femme Maria. En 1914, il n’est pas rentré en France

La Grande Guerre : blessures, mort et désertion

Comme neuf millions de Français, les frères Gaillard-Liaudon vont vivre les souffrances de cette guerre. Les plus exposés sont les deux fantassins (François et Jean-Aimé). En septembre 1915, ils participent tous les deux à la bataille de Champagne. Cette offensive que le général Joffre considérait comme l’opération principale de la campagne 1915 devait selon L’État major français entraîner la rupture du front et mettre fin à la guerre de position. La préparation d’artillerie débute le 22 septembre, l’attaque des fantassins est fixée le 25 septembre à 9h15. Les deux frères Gaillard-Liaudon sont, avec le 30ème RI, dans le secteur de Perthes-lès-Hurlus. Jean-Aimé est tué à seize heures le 25 septembre ; quant à François, il est grièvement blessé deux jours plus tard, dans le même village. Il reçoit une balle explosive à la cuisse droite. La bataille de Champagne se poursuit jusqu’au 9 octobre. La rupture du front n’a pas eu lieu, les troupes françaises ont avancé de trois à quatre kilomètres au prix de 27 851 tués, 98 000 blessés et 53 000 prisonniers.

François est hospitalisé et débute alors une longue convalescence de dix-huit mois. Le 25 mars 1917, il obtient une permission avant de réintégrer le front. Il prend alors la direction de Bordeaux, s’embarque à bord du Chicago et arrive à New York le 6 avril 1917.
Il déserte, fuit la guerre… qu’il retrouve de l’autre côté de l’Atlantique. Il arrive, en effet, à New York, le 6 avril 1917, le jour même où les États-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne. Pour François, ce sont d’autres retrouvailles. Il rejoint son épouse. Après deux années passées au Grand-Bornand, elle est retournée vivre à New-York en 1916, laissant en Haute-Savoie, son fils alors âgé de trois ans.

Claude, le troisième fils, né en 1882. A la fin de la guerre, il reste en France et se marie à Magland

Les deux autres frères effectuent toute la guerre en tant qu’artilleur. Ils sont démobilisés en février 1919. Édouard retourne à New York le 17 août 1919. Il y retrouve sa femme mais également son fils Raymond. Ce dernier, né en 1913, est revenu à New York le 1er janvier 1918. Sur la liste des passagers du bateau, il est impossible de savoir qui l’accompagnait.

Claude, le troisième frère, a été gazé en 1917 et souffre de complications pulmonaires. Pour lui, c’est la fin des voyages, il habite désormais à Magland en Haute-Savoie, il se marie en mai 1919 avec Marie-Françoise Burnier et meurt en 1940, âgé de 57 ans. Sa vie, comme beaucoup d’autres, a été écourtée par les séquelles de ses blessures.

François réapparait puis disparaît à nouveau

Alors que ses frères sont démobilisés en février 1919, le même mois, François est capturé. De retour en France, peut-être pour rechercher son fils, il est arrêté puis écroué à la maison d’arrêt d’Annecy le 3 février 1919, pour être traduit devant le conseil de guerre pour désertion. Il est dirigé sur la prison militaire de Grenoble le 14 mars et parvient à s’en évader le 31 mars. Il reprend sa vie de clandestinité et retourne une nouvelle fois aux États-Unis.

François le 4ème fils, une forte tête

Il obtient même la nationalité américaine le 26 juin 1919 au Camp Dix dans le New Jersey. Un camp militaire, créé en 1917 pour accompagner la mobilisation militaire des États-Unis et qui est devenu en 1919, un camp de transit et de démobilisation pour tous les soldats de retour d’Europe. François profite d’une loi américaine votée en 1918, qui donne la possibilité à tout étranger ayant servi dans l’armée durant le conflit de demander sa naturalisation sans preuve de résidence obligatoire de cinq ans aux États-Unis.

Au Grand-Bornand vit toujours son fils Claude, alors âgé de 6 ans. Ce jeune enfant habite au hameau du Bouchet chez sa tante Elisabeth (1878-1927), veuve depuis ses 20 ans de Jean Perrillat-Monet. C’est la mère de Pierre à Guite (1897-1976). Au recensement du Grand-Bornand de 1921, Claude, le fils de François, est la seule personne de la commune dont l’âge et le lieu de naissance ne sont pas mentionnés. Il s’agit alors d’un enfant sans papiers, fils de déserteur. Né à New York, émigré au Grand-Bornand à l’âge d’un an, il attend sans aucun doute le retour d’un père, qu’il n’a jamais véritablement connu.
François réapparaît au début de l’année 1925. Il se présente au Consulat français à New York et souhaite bénéficier de la loi d’amnistie votée en France le 3 janvier 1925. Cette loi accorde une amnistie pleine et entière pour les faits de désertion à condition que les déserteurs aient appartenu trois mois durant à une unité combattante, ou aient été blessés ou faits prisonniers et n’aient pas eu d’intelligence avec l’ennemi. Mais la demande doit être enregistrée auprès du bureau de recrutement. François traverse donc une nouvelle fois l’Atlantique et se rend à Annecy le 8 juin 1925. Il est ainsi rayé du contrôle de la désertion et laissé libre. Il donne comme lieu de résidence le village du Grand-Bornand mais revient à New York le 21 octobre 1925, sans son fils.

Au Grand-Bornand, aujourd’hui encore, la plupart des personnes interrogées au sujet de ce fils Claude évoquent qu’il aurait été abandonné par son père. Quant à François, de retour à New York, les autorités militaires le perdent de vue. Sur sa fiche matricule est indiqué en marge et au crayon papier « qu’il serait mort à New York en 1932, l’avis de décès a été demandé au ministère de la Guerre le 9 février 1932 ». Mais en 1938, lors du mariage de son fils, François alors âgé de 58 ans, est bel et bien vivant. Il réside toujours à New York, à la même adresse que celle déclarée en 1925.

Après la guerre, Élie et François n’ont plus donné de nouvelles à leur famille restée en France. Seul Édouard, retourné à New York, puis son fils Raymond ont entretenu une correspondance régulière. Chaque année et jusque dans les années 80, ils présentaient leurs vœux à leurs cousins français vivants à Magland et au Grand-Bornand. La correspondance s’est ensuite arrêtée probablement au décès de Raymond en 1995.

Jean-Philippe Chesney

Sources:

Témoignages oraux auprès des descendants : Denis Gaillard-Liaudon
Recherches effectuées par Jean-Claude Gaillard Liaudon
Archives départementales :
– Fiches matricules
– État-civil du Grand-Bornand
https://www.libertyellisfoundation.org/
Photographies : famille Denis Gaillard-Liaudon

Pour en savoir plus sur les origines de la famille Gaillard-Liaudon:

– La famille Hugon (Gaillard-Liaudon) du Grand-Bornand

Éboulement de la perrière à La Clusaz

Parvenir à dater l’éboulement rocheux de la Perrière de La Clusaz est assez difficile. Aucun texte officiel ne le relate et l’événement s’est de plus effacé de la mémoire des populations locales.

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