Les Poilus ne sont pas rentrés chez eux en novembre 1918

Le 11 novembre 1918 marque la fin d’une tragédie. Rares sont aujourd’hui les personnes à se rappeler cet évènement majeur.
Henriette Binvignat, la doyenne des Clefs née le 6 décembre 1911, est l’une d’elles. Lors de son centenaire en 2011, elle évoquait encore cette journée qui l’a tant marquée :

J’avais presque 7 ans et j’habitais avec ma mère au Cropt, dans la ferme à côté de la chapelle (aujourd’hui le restaurant « Le chalet d’en ô »). En début d’après-midi, les gendarmes de Thônes sont passés en vélo, ils ont crié à ma mère que c’était la fin de la guerre, qu’il fallait faire sonner les cloches de la chapelle. Ils sont allés jusqu’au Bouchet annoncer la bonne nouvelle. Et lorsqu’ils sont repassés au Cropt, la nuit était presque tombée, ils ont été surpris que les cloches ne sonnent plus. Ils nous ont dit qu’il fallait encore les faire sonner. Mon grand père faisait du bois au-dessus du village avec de nombreux voisins. Lorsqu’ils ont entendu les cloches, ils ont tout de suite compris et ont posé les outils. Certains, comme mon futur mari qui avait alors 17 ans sont descendus à Thônes. Il parait qu’il y avait une de ces foires…

L’armistice n’est pas la fin de la guerre
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Le 230° RI d’Annecy, constitué en majorité de Haut-Savoyards, a perdu 1.392 hommes durant la guerre

L’armistice, s’il signifie la fin des combats, ne signifie pas la fin de la guerre. Et les soldats ne sont pas rentrés. L’un de ces poilus est en permission chez lui, au Reposoir, le 11 novembre. A son compagnon de tranchée habitant Sallanches, il écrit qu’il est reparti le 17 novembre mais que cette fois-ci, cela ne lui a rien fait parce qu’il était sûr de rentrer. Dans sa lettre suivante, pour Noël 1918, il raconte qu’en un mois, il a marché plus de 200 km. Il faut bien occuper les hommes alors que les combats sont terminés.
Épisode encore peu connu de la guerre de 1914-1918, les hommes après le 11 novembre, sont retournés en caserne, tout en respectant une discipline militaire stricte. L’un de ces soldats, habitant Pontarlier, croise l’un de ses officiers à la fin du mois de novembre et lui dit « Mon capitaine, si nous avons gagné la guerre, ce n’est pas grâce à vous ». La logique militaire est implacable : conseil de guerre, condamnation à mort. Dans sa lettre, retrouvée à Pontarlier en 1998, le soldat écrivait à ses camarades et reconnaissait « que cette fois-ci, je suis vraiment dans de sales draps ». Mais on ne sait pas si la sentence a été exécutée.
Même les prisonniers, très nombreux durant cette guerre, une fois libérés n’ont pas été démobilisés. Rentrés pour la plupart en décembre 1918, après pour certains 4 ans de détention, ils ont pu profiter d’un mois de permission dans leur famille. Jean Perrillat-Boiteux du Grand-Bornand (captif du 18 juillet 1915 au 20 décembre 1918) a été nommé à partir du mois de mars 1919, garde-frontière à Annemasse. D’autres ont tout simplement regagné leur caserne. Le 230e RI d’Annecy, a effectué une longue série de marche durant trois semaines (25 novembre-14 décembre). Il a ensuite gagné l’Alsace nouvellement libérée et surveillé la frontière suisse.

Les derniers Poilus sont rentrés en octobre 1919

Il existe plusieurs raisons sur le fait que les soldats sont restés mobilisés. La première est qu’il était difficile de rendre immédiatement à la vie civile 9 millions de soldats. Si cela était encore possible dans le monde rural (près de la moitié des Poilus sont des cultivateurs), c’était beaucoup plus difficile pour l’industrie d’intégrer tous ces travailleurs. De plus, les politiciens français ont vu avec inquiétude les mouvements sociaux et révolutionnaires dans les pays vaincus (Hongrie, Bavière, Berlin…) animés en grande partie par les soldats démobilisés.
Mais la raison principale est le fait que la France considérait que la paix avec l’Allemagne n’était pas signée. En guise de pression, elle a conservé ses troupes mobilisées durant les négociations qui ont abouti au traité de Versailles en juin 1919. La plupart des soldats ont été rendus à la vie civile après cette date. La démobilisation était progressive et s’effectuait en fonction de la classe. Le lieutenant colonel Lourdel qui dirigeait depuis 1917 le 230e Régiment d’Infanterie d’Annecy, dans l’historique du bataillon, exprime « un regret souvent formulé pendant les derniers mois du régiment. Malgré la joie infinie du retour au foyer, il y eut quelque chose de fastidieux et d’un peu irritant dans ces démobilisations partielles où, par petits paquets anonymes, les soldats partaient perdus au milieu du train-train de chaque jour »[1].

Les derniers ont regagné leur foyer en septembre et octobre 1919, soit plus de dix mois après la fin des combats et plus de cinq ans après le début du conflit. Les derniers démobilisés étaient également les plus jeunes (classes de 1910 à 1917), et pour le vingtième anniversaire (septembre 1939) de leur retour à la vie civile, ils ont connu une nouvelle mobilisation. Rappelés sous les drapeaux pour une nouvelle guerre contre l’Allemagne, avec certainement pour beaucoup d’entre eux, le sentiment que celle que l’on avait nommée «la der des der» avec le sacrifice d’une partie de leur jeunesse et la mort de tant de leurs camarades, n’avait finalement servi à rien.

Un parcours particulier : Edouard Pochat-Cottilloux

Edouard Pochat-Cottilloux, né le 12 décembre 1896, est l’un des fondateurs de la Résistance dans la Vallée de Thônes durant la seconde guerre mondiale[2]. Il s’est vu attribuer la Médaille de la Résistance en 1946 puis, en 1949, la Croix de guerre 39-45 avec étoile de bronze. Sa citation à l’ordre du régiment le 1er octobre 1949 précise « par son activité, son influence morale et son patriotisme a su conserver, toute sa valeur à l’esprit de résistance de cette vallée. A donné à la Résistance avec son temps toutes les vertus solides des populations savoyardes. Patriote ardent restera comme un modèle de chef résistant ».

Comme tous les hommes de sa génération, Edouard Pochat est un ancien de la guerre de 14. Il est incorporé au 14e Bataillon de Chasseurs à l’âge de 18 ans, le 18 avril 1915. Après 6 mois de formation, il gagne le front le 20 octobre 1915. Il est blessé le 24 août 1917 en Alsace par « graves blessures à la cuisse droite par éclats d’obus et de torpilles à gauche de l’Hartmann, ravin de Lyberbock »[3]. En septembre 1918, il se porte volontaire pour l’expédition de Mourmansk, au nord de la Russie où les Alliés combattent les forces bolcheviques.

E. Pochat, corps exp. 1918 bis
Septembre 1918 – Le corps expéditionnaire franco-britannique à son départ pour Mourmansk. Edouard Pochat-Cottilloux est debout, le premier à gauche

Le 5 mars 1919, il est cité à l’ordre du régiment pour avoir « pris part à l’opération sur Seghedja (Russie du Nord). Après avoir énergiquement supporté une marche de plus de 150 km par plus de 30 degrés de froid, se sont distingués par leur brillante conduite le jour de l’attaque le lendemain ont contribué dans une large part à repousser une forte contre attaque de l’ennemi après un combat de 12 heures. Malgré la fatigue et le froid ont occupé la position pendant huit jours jusqu’à l’ordre de relève ». Il reçoit pour cet acte de bravoure la croix de guerre, étoile de bronze. Sa campagne de Russie se termine le 16 juin 1919 et il peut regagner le Grand-Bornand après sa démobilisation, survenue le 8 octobre 1919.

Jean-Philippe Chesney

Sources et notes
[1] Lieutenant Colonel LOURDEL, Grande Guerre 1914-1918 Historique du 230e R.I, Annecy, p. 34.
[2] La vallée de Thônes et Glières, N° 9-10, Amis du Val de Thônes, p. 33-34.
[3] Archives départementales de Haute-Savoie, 1R 826, registre militaire, classe 1916.


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Saint Maurice et les foires de la Saint-Maurice

Saint Maurice, patron de la Savoie

Entre les années 286 et 302 ap. J.C., alors que les conquêtes romaines se poursuivent, des troupes campent dans la vallée du Rhône entre Martigny (capitale actuelle du Valais, alors appelée Octodurum) et le défilé d’Agaune (étroit défilé où coule le Rhône avant qu’il ne rejoigne le lac Léman). Maximien est à la tête d’une garnison composée de Thébains qui assurait le passage du Summus Poenius (col du Grand saint Bernard) vers la Germanie ou la Gaule. C’est là que se situe le massacre des soldats thébains et de leur chef Maurice. Ceux-ci, chrétiens coptes, refusant de vénérer les dieux romains, furent tous massacrés par décimation. Leurs corps furent enfouis dans une fosse commune.
Ce drame du martyre de saint Maurice et de ses compagnons est à l’origine de l’implantation du monastère d’Agaune qui deviendra l’abbaye Saint-Maurice-d’Agaune ou Saint-Maurice tout court. Il n’existe pas de relation des faits à l’époque de ce massacre. C’est bien plus tard qu’une narration écrite par saint Eucher, évêque de Lyon de 435 à 450, d’après des souvenirs d’Isaac, évêque de Genève, nous retrace l’histoire de cet épisode, récit tardif intitulé : « La passion des martyrs d’Agaune ». En voici quelques éléments pour nous permettre de découvrir le martyre de ces hommes.

Sous le règne de Dioclétien, vers 302, lui et Maximien partent en guerre contre les Bagaudes et les Alamans. Maximien, personnage avare, cruel, fanatique, païen, est à la tête d’une légion de 6600 hommes. Ces soldats, originaires de Thèbes, en Egypte, sont de braves guerriers, fidèles et montrant beaucoup de piété envers Jésus Christ. Maximien veut les contraindre à agir contre leur conscience en sacrifiant aux dieux romains et en persécutant d’autres chrétiens. Maurice et ses hommes refusent en disant : « Nous rendons à Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui est à César ». Maximien, enflammé de colère, décide une première décimation, c’est-à-dire un soldat sur dix est tué. Comme les soldats refusent toujours de vénérer les dieux romains, Maximien ordonne une seconde décimation. Mais Maurice continuait à exhorter ses camarades, disant à Maximien : « Nous sommes tes soldats, mais nous sommes aussi serviteurs de Dieu ». Sans plus de succès, Maximien décide par un seul arrêt de les exécuter tous. Ils périssent sous le glaive, tous les soldats quittant leur armure et présentant leur corps à leurs bourreaux. C’est le récit qu’en fait Eucher ! Même si certains faits sont historiquement exacts, les discours prêtés aux martyrs sont probablement nés de son talent littéraire.
Saint Théodore évêque d’Octodure (369-391) fit construire une basilique en l’honneur des martyrs sur le site d’Agaune.

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Saint Maurice représenté en soldat romain, châsse des enfants de saint Sigismond, trésor de l’abbaye d’Agaune
(By Spurzem at German Wikipedia – Wikimedia Commons)

Dès cette époque on trouve dans de nombreux lieux de culte, l’emblème de saint Maurice, c’est à dire la croix tréflée, croix dont les bras se terminent par trois lobes représentant les feuilles de la plante. Cette croix n’est pas sans rappeler la croix copte. On peut la voir sur les verrières de Hautecombe, sur les ferronneries du portail à Sallanches et à Megève, sur la Croix de Consécration et sur les murs dans les églises de Domancy, Cordon, Saint-Nicolas-de-Véroce, sur les clous de la porte de l’église de Séez et dans bien d’autres endroits.
Le culte voué à saint Maurice s’est répandu dans tout l’Occident. De nombreuses églises, chapelles, sont au vocable de saint Maurice et beaucoup de localités portent le nom de ce martyr. Très souvent Maurice est représenté sous les traits d’un homme de couleur noire, ce qui est tout à fait logique vu son origine. Du fait de la sombre couleur de sa peau, la piété en a fait le patron des teinturiers.

Le 1er évêque du Valais, saint Théodore fit exhumer les corps des martyrs. Une chapelle fut construite avec une nécropole. Ce site se trouve sur un ancien petit temple dédié aux divinités des sources, les nymphes. Sous le maître autel est placée une magnifique châsse contenant les reliques de saint Maurice et ses compagnons. L’endroit supposé du massacre a été appelé « le Champ des Martyrs ». Il est recouvert de gravier rougi, depuis qu’au IVe siècle, saint Martin de Tours est venu prier sur le lieu et que par miracle, une rosée de sang apparut sur le sol. Un peu de rosée a été recueillie dans 4 vases, dont un seul demeure dans le trésor de l’abbaye.
L’empereur Sigismond, après sa conversion, réunit un concile près des tombeaux. La décision de fonder une abbaye fut prise en 515. Construite près d’une falaise, elle fut plusieurs fois endommagée par des chutes de pierres. Le rayonnement de cette abbaye a été très important et le rythme de vie des moines d’Agaune, qui pratiquaient « la louange perpétuelle », a été exporté dans de nombreuses autres abbayes (Saint-Claude, Chalon-sur-Saône, Remiremont…). Dagobert se rend sur le tombeau de saint Maurice en 635. Plus tard, Charlemagne fait don à l’abbaye d’une magnifique aiguière en argent ciselé sur laquelle on retrouve la Croix tréflée et d’un maître autel recouvert d’or. Après le concile de 816 à Aix-la-Chapelle les moines sont remplacés par des chanoines.

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Abbaye Saint-Maurice-d’Agaune
(http://www.encyclopedie-universelle.net)

A partir de 888, l’abbaye appartient au Royaume de Bourgogne. En l’an 1000, l’archevêque de Lyon est nommé Abbé de Saint-Maurice. Rodolphe III en 1018, à la demande de sa femme, place la villa royale de Talloires sous le vocable de Saint-Maurice. A partir de là, Talloires va fonder, à Annecy-le-Neuf, une église dont le patron est saint Maurice. A Thônes l’église sera placée sous le même vocable. La scène du massacre des martyrs constituera le thème du tableau central du retable, incluant une représentation de Jupiter, image insolite dans une église, juste au-dessus du maître autel ! Au bas de ce tableau, dans quatre emplacements on trouve successivement, les représentations des armes de saint Maurice. Tous ces éléments symboliques rappellent que tout chrétien est un soldat du Christ ainsi que le prêchait saint Paul.

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La croix de saint Maurice

La Maison de Savoie fait de saint Maurice un instrument du pouvoir politique Des groupes de chanoines font sécession et fondent d’autres abbayes : Abondance qui sera présidée par les princes de Faucigny, Entremont, le Prieuré de Poisy… Le Comte Rouge Amédée VII crée Ripaille et y installe des chanoines venus de Saint-Maurice. Son fils Amédée VIII crée l’Ordre des Chevaliers de saint Maurice qui aura un rôle caritatif important (création de l’orphelinat du Bocage à Chambéry par exemple).
Le culte voué à saint Maurice s’est très vite développé en Savoie. Nombre d’églises sont placées sous son vocable : Veyrier, Doussard, Abondance, Pringy, Alby, Bellevaux, Boëge, Serraval… Son culte a dépassé les frontières de notre province puisque des cathédrales sises au-delà sont aussi dédiées à saint Maurice : Vienne, Angers, Mirepoix…. Des villages et villes sont appelés du nom du saint ou lui vouent un culte important, aussi bien en Savoie – Bourg-Saint-Maurice, Saint-Maurice-de-Rumilly – qu’au-delà des frontières – Pignerol dans le Piémont, Lucerne en Suisse (pont historique dédié au saint), Magdebourg en Allemagne, Riga en Lettonie… A Tallin en Estonie, on peut admirer « la maison des têtes noires » où le blason de saint Maurice représente le saint en Maure.

Maurice est un personnage des plus importants pour la Savoie. L’anneau de saint Maurice est l’emblème de la maison de Savoie. Un prestigieux ordre dynastique a été créé en son honneur : l’ordre des saints Maurice et Lazare. Aujourd’hui encore de nombreux hommes se prénomment Maurice et jadis beaucoup de femmes portaient le prénom Maurise ou Maurisaz.

D’après la conférence donnée par Christian Regat aux Amis du Val de Thônes le 02.12.2011

En 2015, sera célébré le 1500e anniversaire de la fondation de l’abbaye de Saint-Maurice. Depuis longtemps déjà on s’affaire aux préparatifs, aux aménagements du site. Ainsi, la salle du trésor sera réorganisée. Pendant les travaux, le trésor fera l’objet d’une exposition temporaire au Louvre, à Paris, en 2014. Cet anniversaire exceptionnel sera présidé par le Pape François. Le premier Pape jésuite saisirait-il cette opportunité pour aller jusqu’à Annecy, ainsi qu’il l’a prévu, sanctifier le premier prêtre de la Compagnie de Jésus, le Bienheureux Pierre Favre ?

Tableau central du retable de Thônes
©Jean-Paul Chavas

Le somptueux retable de l’église de Thônes présente des particularités rares, liées au martyre de saint Maurice. Le tableau central, où tient une grande place l’effigie de Jupiter, permet de dire qu’à Thônes, peut-être cas unique de la chrétienté, on dit la messe devant une idole antique ! D’autre part au plan esthétique ce tableau peint sur un panneau en ronde-bosse montre une tache noirâtre en bas, entre les pieds du cheval et le pied de la stèle de Jupiter. La tradition orale, sans aucune vérification historique ni scientifique, voudrait nous faire croire qu’il s’est agi de masquer les corps décapités des compagnons de Maurice. Cela fut peut-être exécuté lors de la restauration de l’église Thônes après les dommages causés par la Révolution. En 1822, Charles Pedrino, Jean-Baptiste et Charles Delponte, artistes de la Val Sesia, ont conçu un nouveau tabernacle dans l’esprit du XIXe s., c’est-à-dire sans la « gloire » caractéristique du baroque qui cachait auparavant le bas du tableau.

Les foires de la Saint-Maurice

Traditionnellement situées autour du 22 septembre, jour de la célébration du saint, elles ont lieu lorsque les troupeaux descendent des alpages. C’est à ce moment-là qu’on vend des animaux afin de réduire le cheptel à garder durant l’hiver. Le produit des ventes permettait jadis d’acheter le nécessaire pour la famille.

Dans son histoire de Thônes, le chanoine Pochat-Baron nous dit que la foire annuelle de la Saint-Maurice existe « de temps immémorial ». C’est ce que les historiens affirment lorsqu’aucun repère précis ne l’établit. Ce qui est le cas en la circonstance puisque nous ne savons quand exactement a été fondée la paroisse de Thônes au vocable de saint Maurice. On peut supposer que dès les origines – Thônes est cité en 1090 – les abbés de Talloires ont tenu à organiser un lieu d’échanges de marchandises afin d’en obtenir les revenus nécessaires à la vie de la communauté. Et ceci bien avant que le marché de Thônes ne soit créé en 1312. On peut également se demander pourquoi Serraval, aussi au vocable de saint Maurice, n’a jamais eu sa foire… Et se demander aussi pourquoi il existe au Grand-Bornand une foire de la Saint-Maurice depuis le XIXe siècle alors que la paroisse et l’église sont dédiées à Notre-Dame de l’Assomption ?

Le champ de la recherche est ouvert à tous les passionnés du Moyen Âge !

Monique Fillion et Danielle Perrillat-Mercerot

L’orgue des Villards est désormais achevé

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Louis Mermillod

Débuté en 1966, l’orgue de l’église des Villards-sur-Thônes a été achevé le 16 juin 2013. 47 années de construction pour l’œuvre d’une vie : celle de Louis Mermillod, facteur d’orgue autodidacte. Ebéniste de formation, chef d’entreprise comptant jusqu’à 20 employés, il relève en 1966 une envie, un pari, un défi : construire un orgue pour son église. Mais un orgue classique, répondant aux critères des orgues du XVIIe siècle, de ceux sur lesquels jouait et composait Bach. Sans plan, sans connaissance technique autre que celle de l’ébénisterie, l’objectif est immense, irréalisable pour beaucoup.
« C’est vrai, que seul je n’y serais jamais arrivé, reconnaît Louis Mermillod. Mais cet orgue est aussi un formidable élan de rencontre et de solidarité. »

La première difficulté réside dans les plans. On lui en propose à 5 000 francs, une fortune pour l’époque, un montant bien trop élevé pour la paroisse des Villards. En 1967, l’un de ses clients, M. Dumont Mollard basé à Chambéry lui révèle sa passion pour l’orgue et prête un document exceptionnel, un livre « L’art du facteur d’orgue », récupéré dans les poubelles d’un notaire à Ugine, composé en 1720 par un moine, Dom Bedos, et sur lequel figurent tous les plans de l’instrument. Les distances sont inscrites en pieds (1 pied = 32 cm) et en lignes (1 ligne = 2,25 mm), mais l’ouvrage, riche de milliers de dessins, inventorie toutes les pièces nécessaires à l’instrument.

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L’orgue positif à lui seul a nécessité la fabrication et la pose de plus de 800 tuyaux

« Cela a été ma Bible, avoue Louis Mermillod. Il m’a permis de construire cet orgue de 29 jeux répartis sur trois claviers manuels et un pédalier qui en font un grand classique français du XVIIe siècle ». Les plans sont achevés en 1967. Restent le bois (80 % d’un orgue) et les tuyaux d’étain à trouver et à financer. Pour le bois, la solidarité villageoise fonctionne parfaitement : tous les hameaux contribuent à l’orgue de l’église. La console, les claviers manuels, les balanciers des tirasses et des accouplements, l’ensemble des équerres de transmission sont construits avec du noyer de Renvorzier. La Villaz, le Liez, les Champs Courbes et Fieugy fournissent les buffets du grand orgue du récit et de la pédale. Le buffet positif est fait en poirier et cerisier de Prats Cornet. Les boutons tirants ont été offerts par Paul Sylvestre Décaton, qui les a lui-même travaillés à la main avec le bois de la racine d’épine provenant du Bourgeal. Pour les tuyaux d’étain, Raymond Vulliet, organiste au Grand-Bornand, fait appel à M. Dunand, facteur d’orgue à Villeurbanne. La construction débute en 1968 avec l’aide fidèle d’Abel Sylvestre.

Louis Mermillod joue
Depuis 1972, Louis Mermillod accompagne à l’orgue toutes les cérémonies religieuses

En 1970, 3 jeux sont achevés et l’orgue peut accompagner pour la première fois l’office religieux. En 1972, un grand spécialiste grenoblois des orgues, Jean Giroud, en vacances dans les Aravis, émerveillé par tout ce dévouement, intervient par le canal de la Mairie pour obtenir une subvention de 150 000 francs. « Si bien, explique Louis Mermillod, qu’aucune quête n’a été réalisée à la messe, pour financer l’orgue ». En 1978, le 2e clavier fonctionne, le pédalier est mis en place. Le grand orgue, la pédale et le récit sont fabriqués, tout comme la soubasse de 16 pieds, en bois. L’harmonie est assurée par Franck Bistocchi, facteur d’orgues dans la Loire, qui a donné à chaque tuyau et à chaque jeu sa couleur propre. L’instrument de 23 jeux est officiellement inauguré par Joseph Ruscon comme instrument de concert. « Je me suis alors arrêté 10 ans, avant de reprendre le troisième et dernier clavier ».

coffret et pédalier
Coffret et pédalier

Depuis 2000, il ne lui manquait qu’un seul jeu, le plus grave, celui que l’on nomme « La bombarde », indispensable pour interpréter la musique française. Sa mise en place nécessitait des tuyaux de 6,50 m, alors que la hauteur de la tribune est limitée à 4 m. On lui propose d’installer des tuyaux horizontaux, mais Louis Mermillod refuse : « A-t-on vu pousser des arbres ainsi ? » sourit-il. Des années en suspens, avant qu’on lui donne une solution technique : trois jeux en cors courts avec un fermoir arrêtant le flux sonore. Mais là-encore, un dernier imprévu, à partir du 5e tuyau, l’accord n’allait plus. La solution a été mise en place le vendredi 16 juin 2013 par son ami Michel Giroud, facteur d’orgue (il a construit celui du Grand-Bornand), une languette en peau à la base des tuyaux défaillants : l’orgue des Villards-sur-Thônes, maintenant achevé peut désormais traverser les siècles en toute harmonie. « Si en quarante ans, j’ai vieilli, soupire Louis Mermillod, lui n’a pas bougé et ne bougera pas ».

grand orgue
Le grand orgue a été construit en 1972

Terminé ? Pas complètement ! L’instrument prévu pour 30 jeux, n’en compte que 29 d’installés. « Il est dans la tradition de la facture d’orgue, précise Louis Mermillod de laisser un jeu pour les générations futures ».
L’orgue des Villards est vraiment un grand orgue.

Louis Mermillod remercie tous ceux qui l’ont aidé et accompagné durant ces 47 années pour construire cet orgue de 29 jeux : une aventure humaine exceptionnelle.

Jean-Philippe Chesney

La Lune et le Jardinier

La lune, cet astre unique satellite de la terre, un peu mystérieux, a toujours fasciné les êtres humains.

lune

Du fait de son apparition dans le ciel avec un cycle très régulier, certains peuples prirent ce cycle appelé lunaison comme base de calendrier pour compter les jours, marquer le temps des semailles, des récoltes et même des fêtes religieuses.
De plus les changements périodique de forme et de luminosité de la lune, appelés phases, ont permis à la croyance populaire de prêter à la lune des influences – bienfaisantes ou néfastes – sur la croissance des végétaux, sur le comportement des animaux et même sur la vie quotidienne des hommes.

Voici quelques termes à connaître pour comprendre ce calendrier lunaire :

NLN.L. Nouvelle Lune (dite de Renouvellement, ou lune tendre, ou lune jeune)

PQPremier Quartier
Cette première période est appelée Lune Croissante

PLP.L. Pleine Lune (dite lune à son plein)

DQD.Q. Dernier Quartier (dite lune dure, ou lune vieille)
Cette période est appelée Lune décroissante

Et pour les jardiniers du Val de Thônes, que se passe-t-il ?

Le printemps est là, officiellement depuis le 20 mars, cette année. Pour les familles qui possèdent un jardin potager, l’envie est grande de bêcher et fumer la terre, de semer les graines de légumes et fleurs, de repiquer des plants achetés.
Mais voilà… pour avoir un beau « corti » qui produira de beaux et bons légumes, le jardinier du Val de Thônes doit respecter certaines règles !

  • Il ne doit pas semer avant que la lune dite « rousse » ne soit terminée. Cette lunaison se situe en général fin avril, début mai. Elle est dite rousse car à cette époque il y a souvent des gelées qui abiment les jeunes pousses des arbres ou les premières fleurs d’arbres fruitiers trop précoces
  • Il doit aussi attendre que la période dite « des saints de glace » soit passée. En effet le 11 mai Saint Mamert, le 12 mai saint Pancrace, le 13 mai saint Servais marquent en général la dernière période de grands froids néfastes aux plantes et fleurs. (Cette période des saints de glace se trouve à l’opposé d’une période assez douce de l’automne, avant l’arrivée de l’hiver, dite été de la saint Martin, aux alentours du 11 novembre)
  • A partir de cette date, il peut commencer jardiner, mais… il doit encore observer les différentes phases de la lune. Il ne peut pas planter ou semer n’importe quel légume à n’importe quel moment de la lunaison !
  • Les légumes qui se récoltent au-dessus de terre tels que choux, poireaux, courgettes, haricots « ramants »… doivent être semés ou repiqués en lune dite « lune tendre »
  • Les salades, épinards, haricots nains doivent être cultivés en période de « pleine lune »
  • Alors que les légumes racines tels que carottes, navets, pommes de terre… doivent être semés ou plantés en « lune descendante »

Il y a aussi des jardiniers encore plus attentifs aux périodes fastes ou non, car ils observent dans le calendrier de leur almanach les jours où « il y a la bête » soit bête d’eau, soit bête de feu ou bête de terre… (si des personnes peuvent nous renseigner sur cette croyance pour cultiver, qu’elles nous fassent part de leurs commentaires).

Après toutes ces considérations, le jardinier peut semer et replanter toutes sortes de légumes.
Amis jardiniers, nous vous souhaitons de magnifiques récoltes pour cette année 2013 et les suivantes !

jardinier

Danielle Perrillat-Mercerot

 

carnet lune
Illustration : le carnet de Marius le jardinier

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Du mariage et des soldats

Le « mariage pour tous » qui, dans la forme qu’on veut lui donner aujourd’hui, engendre la polémique, n’est pourtant pas une chose nouvelle. Sur les bases traditionnelles de la cérémonie, voici exactement 200 ans, en 1813, il était déjà largement mis en pratique. Cette année-là, le nombre d’unions a battu tous les records.
De 15 ans à 30 ans, les hommes aspiraient au mariage. L’amour était peut-être au rendez-vous, mais pour beaucoup cet empressement a eu parfois un nom : Marie-Louise et presque toujours une bonne raison : éviter d’être enrôlé dans l’armée de Napoléon.

soldatEn 1813, la France est en guerre depuis quasiment 20 ans. Pour faire face à ces innombrables conflits, la France, alors le pays le plus peuplé d’Europe, a recours à la conscription. Elle fut inventée dès 1793 par la France Révolutionnaire. Sa mise en place dans la vallée de Thônes fut l’une des raisons principales de la « guerre de Thônes », la révolte de la vallée contre l’occupation française en mai 1793.
Très impopulaire, cette conscription a subi de nombreuses réformes. La plus importante est celle du 5 septembre 1798, qui pour la première fois donnait naissance aux conscrits, c’est-à-dire aux « inscrits ensemble sur une liste », tirés au sort parmi les jeunes gens âgés de 20 ans qui subissaient aussi une visite médicale devant un conseil de révision. La durée de service était de 5 ans mais les hommes mariés en étaient exemptés. Cette exemption pour les hommes mariés allait être une constante de la conscription sous Napoléon.

On estime que sous l’Empire (1804-1815), 2.200.000 hommes ont été appelés sous les drapeaux. Mais la majorité d’entre eux (1.500.000) l’ont été dans les trois dernières années du règne de Napoléon. En 1813, La Grande Armée a déjà subi de lourdes pertes en Espagne (à partir de 1808). On y estime le nombre de morts à 300.000. Elle en subit autant dans la campagne en Russie et surtout lors de la retraite qui s’ensuivit (1812-1813). Napoléon doit alors reformer en toute hâte une nouvelle armée. Du 1er septembre 1812 au 20 novembre 1813, en quinze mois, 1.527.000 ont été appelés sous les drapeaux. Pour cela, on augmenta les hommes appelés par classe d’âge (jusqu’à 160.000 par an) et on avança l’appel des jeunes classes, les garçons nés en 1793, 1794 et même 1795. Le 27 septembre 1813, l’Empereur signe par avance un sénatus-consulte mettant en activité 280.000 conscrits : 160.000 de la classe 1815 (des garçons de 18 ans) et 120.000 des classes antérieures, de 1808 à 1814. Ce décret a été signé par l’impératrice-régente Marie-Louise (née de Habsbourg-Lorraine), le 9 octobre. Ces jeunes appelés, sans expérience du feu, furent d’ailleurs surnommés les « Marie-Louise ». Ils composèrent le gros de la troupe lors de la bataille de Leipzig (16-19 octobre 1793) à laquelle 190.000 Français participèrent.

D’après les relevés effectués par GénéAravis dans 7 des paroisses du Val de Thônes, au total les mariages s’élèvent à 72 en 1812, 162 en 1813, 49 en 1814. Avec de grandes différences selon les paroisses, la palme revenant à Saint-Jean-de-Sixt : 1 seul mariage dans l’année en 1812 et en 1814, mais 12 mariages en 1813, le plus souvent regroupés le même jour, (2 fois 3 mariages) et 11 mariages sur 12 jusqu’au 10 juin, le dernier de l’année étant le 10 août ! Une situation analogue se retrouve aux Clefs ou à Manigod. Seule, La Clusaz se distingue : 12 mariages en 1813 (8 en 1812, 11 en 1810, 9 en 1811, 6 en 1809,  6 en 1808, 4 en 1814, 5 en 1815). Y aurait-on moins redouté la conscription ou étaient-ils déjà tous mariés ?

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Quelques exemples pour illustrer ce propos :

  • A Thônes : Le 21 mai 1813, Pierre-Jean Lathuile (18 ans) épouse civilement Françoise Dumond (30 ans) – Ils sont tous deux de Montremont et lui, né le 22 septembre 1794 est un vrai Marie-Louise ! Il est laboureur,  fils de feu Pierre Lathuile décédé le 6 mars 1798. Sa mère a 43 ans. Françoise Dumont, agricultrice, est d’une famille de 6 enfants dont les parents, agriculteurs ont respectivement 69 et 68 ans. Une seule de ses sœurs est mariée à cette époque. Leur mariage religieux sera célébré 30 mois plus tard, le 28 novembre 1815, par le curé Lavorel qui a béni Jean-Pierre Lathuille et Françoise Dumont, orthographe des patronymes et prénoms habituels retrouvés !
  • Aux Clefs : Le 13 février 1813, François-Marie Durod, 42 ans, épouse Demoiselle Marie-Antoinette Dépommier, 20 ans à peine. Elle, est fille de Me Aimé Dépommier, notaire et maire des Clefs marié avec Demoiselle Jeanne-Marie Mabboux, fille de Me Mabboux, notaire à Thônes. Lui, est fils de Me Pierre-Joseph Durod, notaire, procureur-syndic de Thônes, fusillé le 10 mai 1793, lors de la « guerre de Thônes ». Ancien Sous-Lieutenant des Gardes du Corps de S.M. le Roi de Sardaigne, François-Marie Durod, inscrit sur la liste des émigrés, ne devait pas avoir grande confiance en son âge mûr pour lui éviter un enrôlement dans les troupes napoléoniennes. Un mariage en deuxième garantie – et entre gens du même monde – s’avérait donc fort judicieux pour éviter un nouveau séjour sous les drapeaux.

Nous trouvons les traces de la guerre, cette grande dévoreuse de jeunes gens, dans les registres paroissiaux et dans les papiers de famille ou les rapports administratifs, laconiques et désincarnés, masquant le chagrin des survivants. Notons parmi eux, certains du Grand-Bornand, tels que notés dans le registre des sépultures de la paroisse :

  • Jean Marie POCHAT, né le 23.03.1787 Grand-Bornand, »mort à l’armée le 03.03.1810″, 22 ans

  • François Alexis VULLIET, né le 09.06.1786 au Grand-Bornand, « mort à l’armée en septembre 1810 », 23 ans

  • Alexis PERRILLAT-COLLOMB, né le 01.02.1790 au Grand-Bornand, « mort à l’armée le 12.04.1812 », 22 ans

  • Marie FAVRE-FELIX, né le 14.12.1791 au Grand-Bornand, « Le six avril 1812 a été mis à l’annuel, Marie fils de Jean Pierre Favre Félix et de Jeanne Marie Carquilliat, né le 14 décembre 1791 mort le premier mars proche passé, à l’hôpital de Lubeck étant au service de l’état. Ainsi est. Blanc Recteur », 20 ans. Il est le fils de « la Revenante » citée par le Rd Blanc (cf. Veillées d’autrefois en Val de Thônes, Monique Fillion, n° 26 de la collection des Amis du Val de Thônes, p. 350).
    Il est mort à Lübeck, soldat de l’armée d’occupation maintenue dans le Schleswig-Holstein après la conquête du territoire par les Français (les maréchaux Bernadotte et Soult contre le maréchal Prussien Blücher) le 6 novembre 1806. Lübeck fut formellement incorporée à l’Empire français en 1810 (elle devint l’une des sous-préfectures du département français des Bouches-de-l’Elbe), puis restituée par le Congrès de Vienne.
    En 1806, il avait 15 ans ! Un Marie-Louise avant la lettre ou un enrôlement en 1811 ? Nous l’ignorons.
    D’autres encore, sans doute. Parmi eux, retrouvés grâce aux rapports administratifs conservés aux Archives Départementales mais dont la trace avait été perdue dans les registres paroissiaux, deux des fils de Jean-Pierre Rochet dit « l’Béni » :

  • Jean ROCHET, né le 24 novembre 1783 au Grand-Bornand, mort à la bataille de Leipzig, 16-19 octobre 1813, 29 ans. Sa feuille de route conservée dans les archives familiales pouvait laisser penser qu’il n’avait pas répondu à la réquisition et l’on imaginait sa fuite en Valais ou ailleurs, loin des fureurs de la guerre… Il n’en fut rien, hélas.

    27.09.1805 (5 vendémiaire an XIV) : ordre de mobilisation : « En exécution de la circulaire de M. le Sous-Préfet d’Annecy du 5e complémentaire dernier, il est enjoint à Rochet Jean feu Jean Pierre conscrit de la réserve de l’an 13 désigné par M. le Préfet pour faire partie de la compagnie de réserve du département, d’être rendu à Chambéry le dix du courant à neuf heures du matin à l’hôtel de la préfecture, sous peine d’être poursuivi et puni comme réfractaire. Grand Bornand, le cinq vendémiaire an quatorze. N. Perrilliat Botonet maire. Il lui sera délivré une feuille de route. »

  • François Sylvestre ROCHET, né le 13.08.1792 au Grand-Bornand, mort à la même bataille de Leipzig, 21 ans.

Savaient-ils, les deux frères du Crozat et des Envers, qu’ils se trouvaient sur le même champ de bataille ? Leur différence d’âge laisse penser qu’ils l’ignoraient sans doute, enrôlés à des époques et dans des corps d’armée différents. Jean a passé huit ans sous les drapeaux français, François Sylvestre, une seule année, avant de trouver tous deux la mort dans ce qui fut la plus grande défaite de Napoléon contre l’Europe entière liguée contre la France. Un boulet prussien pour l’un, un coup de sabre d’un uhlan, pour l’autre ? Quelle importance, les frères Rochet ont été deux soldats anonymes parmi les 90.000 victimes françaises de cette hécatombe.
Et pendant ce temps, deux autres frères de la même famille, François Alexis ROCHET né le 08 août 1788 et décédé au Grand-Bornand le 12 juin 1866 et son frère Joseph, né le 14 février 1791 et décédé au Grand-Bornand le 27 juin 1873, se trouvaient simultanément sous les drapeaux français. Au total quatre des six fils du Béni. Mais alors que leurs deux frères allaient mourir à Leipzig, François Alexis avait combattu en Espagne où il fut longtemps retenu prisonnier, tandis que Joseph, conscrit de 1811, désertait en janvier 1813 lors du passage du Mont-Cenis. Caché au Grand-Bornand jusqu’en juillet de la même année, il fut dénoncé et incorporé au 35e de ligne et partit à son tour, laissant sa famille payer pour les garnisaires et les amendes entraînés par sa désertion. Si François Alexis s’est marié au Grand-Bornand dès 1817, Joseph a attendu 1824 pour épouser la nièce de son probable dénonciateur, fort opportunément décédé en 1823 au Grand-Bornand !

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Médaille de Sainte-Hélène

En 1857, Napoléon III créa en France la médaille de Sainte-Hélène destinée à honorer les soldats survivants des guerres de la République et du Premier Empire. Cette mesure fut étendue aux Savoyards après le rattachement. C’est ainsi qu’en 1867, François Alexis ROCHET obtint la sienne. Joseph, en revanche, ne la reçut pas. Même si quatre frères avaient servi simultanément, même si deux d’entre eux étaient morts pour la France, on n’allait pas décorer un déserteur, fut-il devenu un vieillard indigent !

Transcription d’une liste établie par la préfecture de Haute-Savoie (extrait).
Canton de Thônes, commune du Grand-Bornand,
Nom : Rochet Joseph, né le 14.02.1791
Revenus : Pauvre
Service militaire : Incorporé en 1813 dans le 35e de ligne, 3e bataillon, 2e compagnie, passé en 1814 dans le 6e de ligne, 3e bataillon, 2e compagnie. Fait partie d’une famille dont les quatre fils, lui compris, furent présents sous les drapeaux à la même époque. L’aîné et le cadet moururent à la bataille de Leipsick.

Pour conclure cet article, quelques ordres de grandeur qui nous ramèneront au XXIe siècle. Si on se réfère aux chiffres donnés par le chanoine Pochat-Baron dans ses ouvrages Histoire de Thônes (1925) et Les paroisses de la Vallée de Thônes (1941), la population des paroisses étudiées s’élevait à 8501 habitants dans les années 1801-1802. On mariait donc en règle générale, environ 1,7% de la population chaque année, mais on a atteint 3,8% en 1813 ! A titre de comparaison, en France dans la deuxième moitié du XXe siècle, on a marié un maximum de 1,6% de la population en 1972, les enfants du babyboom, alors que les mariages et unions civiles ne concernent au début des années 2000 plus que 0,9% de la population chaque année. Les raisons sont connues, évolution de la société, des mœurs et de la démographie, natalité en baisse et augmentation de l’espérance de vie. Que deviendront ces chiffres dans quelque temps, lorsque le « mariage pour tous » version 2013, sera entré en vigueur ? Les Amis du Val de Thônes auront à cœur de revoir les statistiques, non par amour des chiffres, mais pour témoigner de l’histoire et du patrimoine culturel de leur cher coin de terre, pour continuer à faire vivre la mémoire des Valthônois.

Jean-Philippe Chesney, Monique Fillion, Erwan Pergod

Sources


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1816, l’année la plus froide des 500 dernières années

« Une année, la neige n’a pas fondu au-delà de 1700 mètres d’altitude ». « Une année, les gens ont vendu du terrain contre quelques pommes de terre ». « Une année, ils ne sont restés que trois semaines en montagne au col des Annes ». Les personnes nées en montagne ont parfois entendu ces phrases de la bouche d’un grand-père. Mais loin d’être légendaire, cette année a bien existé, elle n’est d’ailleurs pas si éloignée. Voilà deux siècles à peine, les hommes ont vécu cette terrible année 1816, celle que les Anglais ont surnommée « the year without a summer » (l’année sans été) et qui a provoqué en Savoie, la dernière famine recensée.

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Parmi les victimes de 1816, l’ancienne église du Grand-Bornand « trop caduque et ayant succombé sous le poids énorme des neiges »

Le curé Jean-François Blanc, natif d’Abondance et prêtre au Grand-Bornand entre 1803 et 1826 a relaté dans ses écrits cette année exceptionnelle qu’il qualifie « de mauvaise saison, une des plus tristes et des plus rigoureuses saisons qu’on ait entendu parler ». L’hiver 1815-1816 a été remarquablement enneigé, si bien que mi-avril témoigne le prêtre « il y avait encore dix pieds de neige (3 mètres) au Chinaillon ». Une neige qui fit une première victime : l’église du village « trop caduque, ayant succombé sous le poids énorme des neiges de la saison ». Le printemps fut tardif, froid et pluvieux. Les intempéries rendirent difficile la construction du nouveau bâtiment qui débuta le 1er juin. « Comme l’ancienne église était trop petite, il a fallu creuser les fondations parmi les cadavres (le cimetière bordait l’ancienne église) dont plusieurs étaient encore tout entiers, un nombre d’autres à demi consumés seulement. Les fondations sont de neuf mètres de profondeur et pendant six semaines, on les vidait. Le lendemain, les fondations et tout le reste des fossés étaient pleins de terre et de cadavres éboulés entremêlés d’eau parce qu’il pleuvait sans relâche » témoigne le révérend Blanc. Les labours ont pu se faire en mai au village, mais à moyenne altitude, la neige n’est pas parvenue à fondre. Le prêtre note que « le 7 juillet on n’a pu monter le bétail dans aucune montagne… et c’est seulement le 1er août que l’on conduisit le bétail à la montagne des Annes ».

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En 1816, les troupeaux emmontagnèrent au col des Annes le 1er août seulement.

Les gens de l’époque espéraient certainement que la saison « tournerait ». Et aujourd’hui encore, lorsque la saison est pluvieuse, on dit que l’été viendra après le 20 juin, le 14 juillet ou le 15 août. Mais cette année-là ne ressemblait à aucune autre. « Pendant le printemps et l’été, il n’y a pas eu trois jours de suite de beau temps. En montagne, tous les mois, il en est tombé un pied de fraîche ». Pire, témoigne le prêtre « le 14 août, il tombait une si grande quantité d’eau que lorsque le bétail arriva des pâturages de Samance en passant le pont de Venay, il se noya une génisse que l’eau entraîna jusqu’au Petit Bornand ». Les mois passants, le désarroi des montagnards augmentait. L’automne était consacré à la moisson alors essentielle. Fait remarquable, les blés n’ont pas mûri. « A la Sainte-Croix, reprend le prêtre, les blés n’étaient pas tous en épis. Ils ne le furent qu’à la Saint-Michel. On a commencé à moissonner en octobre à Villeneuve, tout vert et tout mouillé et avec beaucoup de peine à cause du mauvais temps continuel ». Et avec octobre revient le gel et la neige dès la fin du mois. « Le 11 novembre, les blés depuis le dessus du Bois Bercher, de la moitié et plus du Chinaillon, et du tiers du hameau du Bouchet ont été couverts de plus d’un pied de neige. Les blés noirs ont été entièrement gelés. » Le prêtre porte alors ce terrible constat « les pauvres montagnards ont la moitié de ce qu’ils pourraient manger en fait de pain et encore tout gelé. Ils sont obligés de le tirer du four avec un racle par morceaux ». En décembre, les villageois essayent de tirer le fourrage « dessous la neige pour nourrir le bétail, mais il y en est resté » précise le prêtre. Ailleurs, «on moissonna l’avoine en janvier à mesure que la neige les laisse à découvert. La paille a souffert mais le grain est conservé. Du côté d’Entremont, on récolte les pommes de terre en janvier ».

Cette année froide a touché toute l’Europe, provoquant la hausse des denrées alimentaires. Les prix de l’avoine, du blé, du froment, du pain s’envolèrent. « Pendant le mois de septembre, la cherté augmentait tous les jours » raconte le prêtre. Même ceux qui avaient de l’argent, ne parvenaient à trouver les produits. « A cause de la rareté des vivres, on fut obligé d’aller chercher du blé à Cluses. On en a vu certains qui étaient obligés de revenir sans en avoir trouvé à acheter. Ils avaient pourtant de l’argent dans leurs poches, mais au lieu d’apporter du blé, ils revenaient les larmes aux yeux. » Jean-Paul Bergeri, lors de sa communication au XXXIIIème Congrès des Sociétés Savantes de Savoie1, précisait que « de septembre 1816 à avril 1817, soit pendant une période de sept mois, le froment augmente de 70 %, le seigle de 84 % et l’avoine de 94 %. ».

Cette hausse des prix provoqua en Savoie une disette. Jean-François Blanc retranscrit un extrait du journal de Chambéry du 31 janvier 1817 qui précise que « le pays est couvert de pauvres qui ont grand peine à trouver leur vie ». Dans de nombreuses communes, on note en 1817, une surmortalité. C’est le cas à Sallanches, 220 décès au lieu de 120 habituellement. Des morts que l’on retrouvait « des racines dans la bouche » se souvient-on encore. Jean-Paul Bergeri évoque une surmortalité de 67,5 % en 1817 pour l’ensemble de la Tarentaise. Il reprend les propos d’un autre prêtre savoyard, l’abbé Gontharet qui écrivait en 1913 que lors de cette disette « pour satisfaire un peu leur faim, les gens avaient recours à certaines herbes des prés qu’ils pouvaient manger ou réduire en bouillie. Quand ils le pouvaient, ils faisaient leurs délices d’une certaine résine qui coulait sur les sapins ou mélèzes ».

Au Grand-Bornand et à Manigod, rien de comparable. La mortalité demeure dans la moyenne des années antérieures. Quelques explications peuvent être avancées. Composés essentiellement d’agriculteurs –exploitants, la population a été moins exposée à l’explosion des prix. Il était d’usage de garder des réserves d’une année sur l’autre. La migration a pu être plus importante également. Enfin, la vallée a pu être épargnée, des épidémies (essentiellement le typhus) qui ont touché la population savoyarde conjointement à la disette. Tout cela reste encore à analyser.

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Vue aérienne du cratère du Tambora, Indonesie
Photo Jialiang Gao

1816 demeure pour les climatologues une année exceptionnelle et un incident climatique majeur. Elle est considérée comme l’année la plus froide des 500 dernières avec un déficit de température estimé à plus de 3 degrés. On  connait  aujourd’hui la  cause  de  cet  incident  : l’éruption  du  Tambora  en  Indonésie  le  10  avril  1815.  La quantité de cendre émise fut telle qu’elle atténua le rayonnement solaire et fut à l’origine de cette terrible année 1816.

Jean-Philippe Chesney

Sources

  • J.P. BERGERI, « 1817, une des dernières grandes crises agricoles de l’Ancien Régime », dans Campagnes, forêts et alpages de Savoie (13e-20e siècle), Actes du XXXIIIe Congrès des Sociétés Savantes de Savoie, Thônes, sept. 1990, p. 163-171.

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Quand on remerciait Dieu pour un hiver sans neige !

« Qu’est ce qu’un bon hiver ? ». Aujourd’hui, un habitant de la vallée vous répondra que « c’est un hiver enneigé » et mesurera la bonté de la saison à la fréquentation touristique. Pour un habitant vivant avant 1960, un bon hiver se résumait avant tout à un hiver sans neige. Et il y en avait.

Au Grand-Bornand, des journaux de différents notables et curés de 1770 à 1910 ont été retrouvés. Ils permettent d’avoir une idée assez précise du climat de l’époque.
Trois hivers ont été exceptionnels par leur douceur : 1778-1779, 1796-1797 et 1818-1819.

La Clusaz 12 février 2011 - photo Jean-Philippe Chesney
Dimanche 12 février 2011, seule la neige artificielle subsiste sur les versants de la Clusaz

Le 3 mai 1797, l’auteur, l’abbé Blanc, alors à La Clusaz témoigne :

Nous nous trouvons agréablement surpris de voir la campagne en feuilles, de voir les semailles achevées même au plus haut des Confins. Jamais vivant n’a vu d’hiver aussi agréable. Ayant passé le mois de décembre, janvier et février sans tomber ni pluie ni neige et sans geler pendant la plus grande partie de ces trois mois, pas même dans les Envers, il n’y a jamais eu pendant toute la saison plus de ½ pied (15 cm) de neige et encore n’a-telle pas séjourné plus de 7 à 8 jours dans les adroits.

Plus surprenant encore fut l’hiver 1818-1819. La sécheresse débutée au mois de juin subsiste encore en décembre. Une anomalie climatique qui en suit une autre, celle de la terrible année 1816 que nous évoquerons prochainement. Si 1816, l’année la plus froide des 500 dernières années a marqué profondément la mémoire collective « cette année là, ils ne sont restés que 5 semaines en montagne au col des Annes » se souvient-on, l’automne 1818 apparaît comme une réjouissance :

A la fin de décembre, il y avait beaucoup de fleurs primevères et de violettes dans la campagne et même au col du Reposoir [Colombière]. Aux Bouts [le hameau], il y avait un pré fleuri comme en été. Voici du plus extraordinaire, les oiseaux ont niché en décembre. Au Petit-Bornand, on a trouvé un nid où se trouvaient trois œufs, plusieurs hommes sont allés le voir, ils ont trouvé la mère dessus. Au 1er janvier 1819, il n’y avait point de neige sur les plus hautes montagnes. Il s’est fait une procession sur le territoire des frères Angelloz et autour de l’église en reconnaissance ou plutôt en réjouissance du magnifique beau temps qu’il faisait depuis le 30 mai 1818.

Autres temps, autres mœurs…

Jean-Philippe Chesney


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L’agneau en beurre

Agneau en beurre
Agneau en beurre réalisé par Danielle Perrillat-Mercerot, dans le respect de sa tradition familiale

Célébrer les fêtes religieuses a toujours été un grand moment de nos traditions, chacune marquée – presque toujours – par un mets ou des aliments soigneusement choisis. Après les rissoles de Noël, nous vous présentons le beurre de Pâques.

Aliment noble s’il en est, le beurre est joliment façonné dans des moules spécialement dédiés à cette opération, symboles de l’événement commémoré.
Ainsi le moule en forme de coq pourrait indiquer le reniement de saint Pierre au soir du Vendredi Saint.
Mais c’est l’agneau pascal qui est largement le favori du beurre de Pâques. Cette représentation du Christ, la plus ancienne qui soit, a traversé le temps jusqu’à nous, supplantée toutefois à l’avènement du gothique par le crucifix qui l’emporte désormais comme représentation christique. Ici, c’est bien l’agneau pascal avec sa croix glorieuse qui symbolise la résurrection, tout comme le fait l’œuf de Pâques, fragile coque minérale qui protège la vie.

Moule à beurre pour coq
Moule en bois destiné à réaliser un coq en beurre

Dans les années 1950, on pouvait encore acheter des agneaux ou des coqs en beurre dans les laiteries, alors qu’aujourd’hui, les seuls détenteurs des derniers moules peuvent les recréer.
Parce qu’une fabrique de ces moules à beurre, l’atelier Meynent d’Habère-Poche (Haute-Savoie) en a produit de nombreux modèles au début du 20e siècle, on serait tenté de croire que ce beurre de Pâques était typiquement savoyard.

Ceux qui parmi vous en ont quelque connaissance, auraient-ils la bonté de nous aider à approfondir la question, avant que le souvenir disparaisse ?

Joyeuses Pâques !

Texte et photographies : Monique Fillion

De saint Blaise -3 février- à saint Valentin -14 février

Saint Blaise
Saint Blaise peint par Hans Memling
(wikimedia)

Saint Blaise, évêque d’Arménie martyrisé en 349, saint patron des cardeurs, était d’abord invoqué comme partout en tant que thaumaturge, capable de guérir les maux de gorge, ou bien était assimilé à un saint agraire, comme saint Antoine qui le précède de quelques jours au calendrier. Mais en cette période de l’année qui recouvre les temps où nos ancêtres Celtes et Romains célébraient la fécondité, saint Blaise a pris par endroits la succession des antiques coutumes pour devenir le saint qu’on invoquait pour trouver un mari. Le saint Blaise de Thônes montre d’ailleurs une particularité qui rappelle cette coïncidence : il porte 6 doigts à la main gauche, un pudique annulaire supplémentaire en quelque sorte !

Emblématique du mois de février à Thônes jusqu’à la seconde guerre mondiale, la vogue de la Saint-Blaise, première de l’année, fêtée le dimanche et le lundi les plus proches du 3 février, était pour les jeunes gens l’occasion privilégiée de se rencontrer. Avec des rituels bien codifiés, une comptine, une boucle de laine brute, elles allaient invoquer le saint protecteur de la maladière de Tronchine, avant d’entrer dans la danse, de festoyer et peut-être de rencontrer là leur futur mari, s’il plaisait à saint Blaise de passer le flambeau à saint Valentin qui le suit de près au calendrier ! Le lundi, tous allaient manger les crosets, ceux faits par le boulanger pour l’occasion, selon une recette spéciale, comme toutes les offrandes votives.

 Monique Fillion

Sources


En savoir plus sur saint Blaise ?

Les rissoles

Traditionnellement, cette recette n’était réalisée dans le Val de Thônes qu’à l’occasion de la fête de Noël. Chaque maîtresse de maison avait son petit secret de fabrication.
Ces rissoles étaient préparées quelques jours avant Noël, puis gardées au frais sur des planches, et cuites à mesure que les invités arrivaient, pour les leur offrir encore tièdes.
Retrouvez cette recette, ainsi que d’autres, dans le livre de recettes édité par les Amis du val de Thônes.

La recette de Mamie Simone

Ingrédients

Les rissoles prêtes à déguster
  • 250 g de farine
  • 70 g de beurre
  • 1 œuf
  • 1 sachet de sucre vanillé
  • 1/2 sachet de levure chimique
  • 1/2 verre de lait
  • 1 pincée de sel
  • 50 g de saindoux (voire moins)
  • de la marmelade de poires

La marmelade est préparée avec des poires dites « à rissoles » (variété de poires anciennes) ou avec un mélange de poires et de pommes, avec quelques raisins de Corinthe et une pincée de cannelle (au goût de chacun !). Cuire cette marmelade jusqu’à ce qu’elle soit assez sèche.

Préparation

Dans une terrine, mélanger la farine, la levure, le sucre vanillé et le sel. Y ajouter l’œuf entier et mélanger le tout à l’aide d’une spatule ou d’une fourchette.

Ajouter le beurre en dés (préalablement porté à température ambiante), et briser la pâte du bout des doigts.
Verser le lait, rassembler la pâte afin de former une boule, la pétrir à la paume de la main, puis reformer la boule.

Étaler la pâte le plus possible, la tartiner de saindoux (le saindoux doit être très mou, pour un geste très léger).
Replier la pâte en la roulant comme un cigare afin de former un pâton serré. Laisser reposer une à deux heures, voire plus.

Pour un travail plus facile, couper en deux ce morceau de pâte. Aplatir grossièrement le demi « cigare » à l’aide de la paume de la main, le replier en quatre puis l’étaler de nouveau au rouleau, afin d’obtenir une pâte très très fine.

A quelques centimètres du bord de la pâte, déposer régulièrement de petits tas de marmelade espacés eux aussi de quelques centimètres. Les recouvrir en repliant le bord de la pâte, former les petits coussins et les découper à l’aide d’une roulette ou d’un couteau. Finir de souder les bords en appuyant avec les doigts.

En attendant la cuisson, poser les rissoles sur une planche recouverte de papier sulfurisé parsemé de farine. Garder le tout dans un endroit frais.

Cuisson

Préparer un bain d’huile dans une grande poêle. Cuire les rissoles sur les deux faces. Il est préférable de ne pas les cuire à l’avance, car elles sont meilleures encore tièdes.

Égoutter et saupoudrer de sucre glace.

Bon appétit !

La recette en images
  • Mélanger la farine, la levure, le sucre vanillé, le sel et l’œuf. Ajouter les dés de beurre ramolli

Crédits texte et photographies : Danielle Perrillat-Mercerot