Robin des Bois à Manigod, ou l’incroyable odyssée de Claudy Fillion-Robin

Pour illustrer le sobriquet de plaidieux que l’on donnait aux habitants de Manigod, voici l’aventure incroyable du sieur Claude Fillion-Robin, le Robin des Bois de Manigod… dont nous devons l’évocation à la plume alerte de Michel Voisin, telle qu’elle a été contée par Monique Fillion lors de la causerie du 07 février 2014.

L’histoire débute en l’année 1762, lorsque dame Dupont, comtesse de la Barre, vend la seigneurie de Manigod au notaire de Thônes Jean-François Missillier. Ce dernier se comporte aussitôt en véritable tyran. Il fait valoir ses prérogatives avec une telle intolérance, avec un tel despotisme que le conseil municipal manigodin adresse bientôt une supplique au roi de Sardaigne (2) pour qu’il oblige le notaire thônain à rétrocéder ses droits à la commune en échange d’une somme à définir.
Les sieurs François Veyrat et Claude Fillion-Robin reçoivent alors délégation officielle pour établir et négocier l’accord. Mais le notaire traîne les pieds. A tel point qu’il ne faut pas moins de quatre années et treize voyages des deux délégataires jusqu’à Chambéry, où se trouve l’administration royale, pour mettre au point un contrat de vente qui soit acceptable par les deux parties.
Enfin, après les dernières tergiversations, une réunion publique à Manigod, le dimanche 21 septembre 1766, adopte les termes définitifs d’un projet de cession. Et le 31 décembre de la même année, pour la somme de 9.500 livres, la commune de Manigod se libère de tous les droits et privilèges dont les seigneurs feudataires avaient joui jusqu’ici. Débarrassée du joug du notaire, Manigod devient ainsi légalement une commune libre ! Du moins le croit-elle !

Car le notaire Missillier, qui n’a consenti à cette vente que sur l’ordre royal de Charles-Emmanuel III, porte l’outrecuidance jusqu’à faire table rase de la majorité des accords. Il s’estime, entre autres, toujours propriétaire des droits de chasse et de pêche. Le conflit dure encore une éternité ! Ainsi, en 1774, un dénommé Claude Burgat domicilié aux Pythières, qui a tué un lièvre déambulant près de sa ferme, se voit-il infliger une amende par le notaire thônain. Et comme le pauvre Burgat ne peut pas payer, le notaire ajoute frais sur frais à la somme initiale. L’affaire s’envenime à tel point que Missillier fait saisir la seule vache que possède le pauvre Burgat… Un huissier nommé Bachoud, escorté de ses sbires, monte de Thônes pour s’emparer de l’animal.
Mais les kidnappeurs n’allaient tout de même pas redescendre dans la vallée avec la bête. Ils n’allaient tout de même pas la nourrir tout l’hiver afin d’espérer la vendre à la prochaine foire qui ne se tiendrait qu’au printemps !
Non, l’huissier conçoit aussitôt un plan génial : vendre aux enchères l’animal saisi aux Pythières. Quand ? Mais à la sortie de la messe de Manigod, bien sûr, puisque c’est à ce moment-là que l’on trouve le plus de monde sur la place du village !

La scène se passe un dimanche de janvier 1775. Aux fidèles qui sortent de l’église, l’huissier, entouré de ses valets armés, propose :
« Qui veut ma vache ? Qui veut ma vache ? »
Et la foule de répondre unanimement : « Personne ! Personne ! »
Le vendeur insiste : « C’est une affaire ! Vous l’emporterez pour un très bon prix ! »

Mais le public est de plus en plus scandalisé devant l’arrogance des gens délégués par le notaire. Après une tentative de conciliation négociée par le syndic (3) M. Bernard-Bernardet, les Manigodins arrachent l’animal des mains de l’huissier et le rendent à son ancien propriétaire qu’une escouade de protection accompagne chez lui avec sa bête.

L’affaire suscite bientôt un retentissement considérable.
Auprès du Sénat de Savoie à Chambéry, le notaire Missillier, jouant les personnages outrés, fait passer cet incident pour une émeute populaire, pour une révolte séditieuse contre l’autorité de Sa Majesté le Roi. Et comme des prémices de révolution (un vent venu de France) commencent déjà à affoler les hautes autorités royales, le notaire enlève la décision : oui, disent les juges, il a bien été spolié ; oui, on a bien bafoué l’autorité royale sur la place de Manigod !

Dès le début février, un mandat d’arrêt est adressé aux carabiniers royaux qui viennent saisir François Bernard-Bernardet, le syndic de Manigod et tout son conseil municipal, pour les conduire dans les prisons annéciennes du Palais de l’Isle. Tous ? Non, tous sauf un… Car il manque un protagoniste à l’appel : un certain Claudy Fillion-Robin.
Cet astucieux conseiller a anticipé l’événement. Lors de l’arrestation de ses collègues il s’est habilement caché. Puis, comprenant qu’il n’y a rien à attendre du Sénat de Savoie basé à Chambéry, assemblée toute acquise au notaire Missillier, il entreprend de se rendre à la Cour du Roi à Turin, muni d’une procuration lui permettant d’officialiser sa démarche.

Le succès n’est vraiment pas garanti d’avance. Dans la capitale du Piémont, et du Royaume, il ne faut pas moins de trois mois d’obstination à notre messager. Multipliant sollicitations et suppliques à la cour, il arrive, enfin, à faire authentifier de la main même du roi, les franchises de Manigod. Ainsi la saisie de la vache était-elle illégale ? Oui ! Et l’arrestation du Conseil municipal de Manigod totalement injustifiée ? Oui, deux fois oui ! Toutefois un nouvel obstacle se dresse, encore, sur la route du valeureux Claudy.
Nous sommes toujours à Turin où Claude Fillion-Robin fait, depuis trois mois, le siège de la cour du roi Victor-Amé III (1). Sa majesté a reconnu dans leur totalité les bons droits de la commune de Manigod. Toutefois, si le recours, de la part du roi, a été obtenu gracieusement, l’entérinement de tous les documents par l’administration de la Cour est, lui, bien payant. On réclame 200 livres au pauvre Claudy ! Or il n’a plus un seul sou ! Va-t-il être contraint de repartir bredouille ? Heureusement non. Car sa détermination émeut le comte d’Arâches, messire Félix Bertholozon, du Faucigny, qui consent à avancer la somme exigée. Ouf !

Notre Claudy reçoit enfin, l’authentification de son précieux viatique : l’attestation royale permettant l’élargissement de tous ses collègues du conseil municipal injustement incarcérés… De retour dans son village, il annonce la bonne nouvelle à la population. Puis il se rend à Chambéry, au Sénat de Savoie, pour faire valider, de ce côté des Alpes, tous les documents visés à Turin.
Quelques jours de patience encore et, enfin, Claude Fillion-Robin peut envoyer une missive à Manigod demandant aux épouses et aux amis des conseillers emprisonnés d’atteler sept juments et de les amener à Annecy, jusqu’aux portes de la prison. Ce qu’ils s’empressent d’exécuter.

Toutefois, en traversant la ville de Thônes, cette cavalcade singulière intrigue tellement le notaire Missillier qu’il se met à la suivre de près, jusqu’à Annecy. Ici l’attend une bien désagréable surprise. En effet, lorsque les conseillers, tout heureux de leur élargissement, gaillardement juchés sur juments et charrettes, accompagnés de tous leurs proches, se trouvent réunis sur le Pâquier, ils aperçoivent le notaire Missillier qui arrive en ville par la route de Thônes. Claudy et sa troupe passent devant l’ex-seigneur de Manigod en redressant fièrement la tête tandis que la foule des accompagnateurs se permet moult quolibets vengeurs.
On devine que les 27 km du retour se passent dans l’allégresse. Et quand la troupe approche du chef-lieu du village, le curé Terrier fait carillonner la grande cloche de l’église. Cette initiative permet alors à une foule nombreuse et enthousiaste d’accueillir ses héros dans une liesse générale.

Quant à Robin, il mériterait bien qu’on lui élève une statue à l’entrée du village pour son obstination et le succès heureux de ses démarches.

Monique Fillion

Notes

(1) On a longtemps dit, indifféremment, Amé ou Amédée.
(2) Dans la suite des Ducs de Savoie, Victor-Amédée II (1675-1730) fut le premier Roi de Sardaigne. Il fut suivi de Charles-Emmanuel III (1730-1773) puis, par Victor-Amédée III (1773-1796).
(3) En 1738 les communes de Savoie avaient toutes reçu une administration uniforme. Les anciennes assemblées de « communiers » propriétaires furent, alors, remplacées par des Conseils présidés par un syndic (équivalent de notre maire actuel).


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Les sobriquets de la vallée de Thônes

Depuis très longtemps, les habitants des villages du Val de Thônes sont affublés de surnoms par leurs voisins.nuage de sobriquets. Word it out Ces sobriquets étaient attribués à l’ensemble de la population d’une commune à cause d’un trait de caractère, d’une façon de réagir face aux événements, ou encore de l’activité principale exercée. L’objectif était souvent de ridiculiser certaines personnes du village, car les sobriquets étaient peu flatteurs, ironiques ou malicieux, mais rarement injurieux.
Ils sont encore quelquefois utilisés pour se moquer, ou tout simplement pour évoquer, des populations de tel ou tel village, à l’occasion de certaines manifestations.

Voici la liste des différents sobriquets par lesquels les habitants des villages du Val de Thônes étaient –et sont quelquefois encore- désignés, ainsi que leur origine :

  • Les berceux de Dingy Saint Clair
  • Les facheux de bris d’Alex (les fabricants de berceaux)
  • Les tambornis de La Balme de Thuy (tambours : allusion plaisante aux seaux et cuviers qu’on fabriquait dans la commune)
  • Les avares des Villards-sur-Thônes (encore de nos jours ce surnom se retrouve dans de nombreuses histoires racontées sur la pingrerie supposée des Villardins) ou les kergnes des Villards (espèce de poires dures, très répandues dans ce village, difficiles à manger !)
  • Les avocats, les philosophes de Saint-Jean-de-Sixt, on ajoutait aussi les surnoms de farauds et de muscadins (est-ce leur grande sagesse, ou leur attitude laïque qui a valu aux Saints-Jeandins leur surnom de « philosophes » ?)
  • Les doyeux d’Entremont (les joueurs)
  • Les braffieux ou brafaudis du Grand-Bornand (les brasseurs d’affaires car ils étaient réputés pour être des personnes très entreprenantes)
  • Les plaidieux (les plaideurs) du Petit-Bornand
  • Les politicos, les chaves de La Clusaz
    Au sujet des chaves il existe deux interprétations, probablement autant vraie l’une que l’autre :
    – pour certains les chaves sont des sortes de choucas qui vivent dans les rochers; les gens du bas de la vallée se moquaient ainsi des habitants de La Clusaz qui semblaient être accrochés aux pentes de leur village !
    – pour d’autres un chave est un morceau d’écorce de l’arbre. Lorsque les thônains voyaient des écorces dans le Nom (affluent du Fier qui prend sa source au Col des Aravis), c’est qu’elles arrivaient de La Clusaz… Ainsi lorsqu’ils voyaient un habitant de La Clusaz arriver à Thônes le long du Fier ils s’exclamaient : « tiens, un chave ! »
  • Les désolas des Clefs
    Avec la particularité d’avoir un sobriquet dans chaque hameau :
    Lou lech’pliats des Cliés, les gastronomes du chef-lieu
    Lou linzerde des Poyets, il fait bon profiter du soleil sur ce versant très ensoleillé
    Lou danfaré des Poyets, car l’on aimait aussi y danser dès qu’une occasion se présentait
    Lou malheureux d’La Frasse
    Lou çhantapolé d’Laçha, où devaient résider les ténors de la chorale
    Lou zélâ des Envers
    Lou r’nâ du Vié
    Lou rafâ’blesson d’Tosbrand (de Montisbrand)
    La varm’nâ de Belchamp
    Lou m’gi d’tartiffles du Crêu et des Grang’té (Les Grangettes)
  • Les rancuneux (rancuniers) de Serraval
  • Les Anglais ou les savatis de Thônes
    Cette dénomination d’Anglais pour les gens de Thônes est probablement due aux échos anglophones renvoyés d’Amérique par les émigrés des XVIIIe et XIXe siècles. (Par des dons à la ville de Thônes Joseph Avet, émigré en Louisiane, « subventionne » des cours d’anglais !). Une autre explication fait référence aux riches propriétaires et bourgeois habitant cette « ville » qui par leurs allure et habillement voulaient ressembler aux riches Anglais qui visitaient les Alpes !
    L’appellation de savatis viendrait du grand nombre de cordonniers qu’on trouvait à Thônes au Moyen Age, où l’on travaillait le cuir provenant des tanneries locales.
  • Les poures peraizaeux de Manigod (les pauvres paresseux) ou les plaidieux de Manigod (les plaideurs) de leur obstination à faire valoir leur bon droit

Il arrivait aussi que les habitants de certains hameaux soient affublés de surnoms spécifiques, souvent peu élogieux pour les personnes ! Les autres surnoms étaient propres aux individus et se retrouvent encore dans nombre de noms de famille double voir triples, encore très fréquents en Savoie.
Désormais, si vous entendez parler de brafaudis ou de philosophes, vous saurez des habitants de quel village il s’agit !

Monique Fillion

Sources


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Marie Péchoux (1914 – 2014)

Ces dernières semaines, les Amis du Val de Thônes ont eu une grande joie suivie d’une grande tristesse. Le 23 mai, quelques-uns d’entre nous sont allés à l’EHPAD Joseph Avet fêter le 100e anniversaire de Marie Péchoux, née Bibollet, membre fondateur de notre association dont elle était devenue l’image emblématique.

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Les AVT fêtent les 100 ans de Marie Péchoux, le 23 mai 2014

Marie a été la première centenaire des Amis du Val de Thônes. Avec des rissoles à l’ancienne, pour lui rappeler celles de son enfance, nous lui avons souhaité un bon anniversaire. Elle nous a remerciés de son beau sourire sous ses yeux bleus pétillants. C’est le souvenir que nous garderons d’elle, toujours disponible, les mardis ou jeudis après-midi pour montrer les gestes ancestraux liés au travail de la laine. Elle connaissait son rôle par cœur, expliquant derrière son rouet comment prendre les flocons cardés, comment appuyer régulièrement sur la pédale et à quoi servait la plume accrochée près de la bobine. Avec sa coiffe et sa croix de Savoie, elle faisait le bonheur des touristes de passage, prenant la pose dès qu’on l’en priait. D’année en année ceux qui revenaient nous demandaient de ses nouvelles, si par hasard elle n’était pas présente à la galerie.

L’après-midi du vendredi 13 juin, nous l’avons accompagnée pour son dernier voyage. Elle a rejoint son mari André et sa petite sœur Fernande avec qui elle formait une équipe de fileuses, uniques et si précieuses aux Amis du Val de Thônes.

A ses neveux et nièces, nous disons toute notre sympathie et notre gratitude pour les longues années où Marie a été non seulement une mémoire mais une âme des Amis du Val de Thônes.

Retrouvez-la en images dans cette vidéo :

Vidéo : Jean Vuarchex et Christian Lavillat, © Amis du Val de Thônes, réalisation en 2008 à la galerie des Amis du Val de Thônes

Balade autour des origines des lacs des Aravis

Les lacs qui nous entourent n’ont pas toujours existé : certains ont été façonnés par le mouvement et la fonte des glaces, les autres ont une origine humaine.

Les lacs d’origine glaciaire

Les lacs les plus anciens du Val de Thônes n’existent plus. D’origine glaciaire, ils ont fini par disparaître, l’érosion aidant à faire sauter les bouchons des cluses. Le dernier lac glaciaire de Thônes a existé sans doute pendant quelques milliers d’années, jusqu’à la fin de la dernière glaciation. Allant de Dingy à Thônes, le déversoir était l’actuel col de Bluffy. Ce lac résultait à la fois du repli des glaciers vers le haut de la vallée, et du maintien de la glace au défilé de Dingy qui empêchait l’écoulement de l’eau du Fier !

Le lac des Confins

Il s’agit d’un lac proglaciaire, c’est à dire qu’il s’est formé à l’avant d’un glacier, en l’occurrence le glacier de la combe de Bella Cha.
D’une profondeur maximale d’environ 6 m, il renferme environ 130.000 m3 d’eau. Depuis 1987 des skieurs et plus généralement des glisseurs essaient de le traverser à ski en prenant leur élan sur une piste de ski. Cet événement, le Défi Foly organisé par le Club des Sports de La Clusaz, a lieu à chaque printemps pour fêter la fin de la saison de ski.

Le lac de Tardevan

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Le lac de Tardevan

On le découvre au terme d’une balade agréable au départ du lac des Confins. Avec ses 2110 m d’altitude c’est le plus élevé des Aravis.

Le lac du Mont Charvin

Source du Fier, ce lac est perché à environ 2010 m d’altitude. Sa profondeur maximale est d’environ 3 m.

Le lac de Peyre

Objectif d’une randonnée très courue au départ du Col de La Colombière, le lac est situé sur la commune du Reposoir, sur le chemin du col de Balafrasse, réputé pour la présence de nombreux bouquetins.

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Le lac de Lessy en 2009

Le Lac de Lessy

D’une profondeur de 5 m au mieux, valeur sujette à évolution, le Lac a subi des travaux importants en 2007 pour améliorer son étanchéité, faute de quoi il aurait probablement disparu ou été réduit au rang de « gouille » d’eau.

Les lacs artificiels et les retenues collinaires

Le lac de Thuy

Lac en eaux closes, il s’agit d’un lac artificiel créé avec la zone artisanale de Thônes au début des années 1970, il prend vraisemblablement la place d’un plus grand lac glaciaire qui a pu exister voici plusieurs millénaires à l’entrée de la vallée.
Au début du projet, le plan d’occupation des sols (POS) de la ville de Thônes prévoyait de réaliser la zone artisanale à l’emplacement du lac. M. Besson, adjoint au maire chargé de la commission urbanisme et travaux, a proposé de placer la zone là où elle est aujourd’hui, afin de conserver la forêt et le petit étang déjà présent pour créer une zone de loisirs. Le lac a ainsi été creusé par l’entreprise Pegaz et Pugeat pour obtenir le gravier nécessaire au remblai de la zone. A l’origine une petite île était présente au centre du lac, aujourd’hui il est empoissonné régulièrement.

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Le lac artificiel de la Ferriaz enneigé
(Photo Jean-Philippe Chesney)

Les retenues collinaires de La Clusaz

  • Le Crêt du Merle, 15.000 m3, créé en 1994, 26.000 m3 en 2005
  • Beauregard (2003) lac artificiel de la Ferriaz, 41.000 m3
  • Balme, Lac du Plan du Lachat, 64.000 m3 à l’origine (agrandi en 2013)
  • Le lac artificiel des Laquais (été 2007) 58.000 m3

Les retenues collinaires du Grand Bornand

  • Le lac de la Cour au Chinaillon, creusé en 1994 (57.00  m3), a été vidangé en 2011. Profondeur de 8 m. Lâchés de truites arc-en-ciel
  • Le nouveau lac du Maroly, 300.000 m3, profondeur de 18 m, compte parmi les plus grands lacs artificiels des Alpes.

La retenue collinaire de Merdassier à Manigod

Elle a été créée au début des années 2000 (entre 2005 et 2009) pour assurer l’enneigement artificiel des pistes.

 

Pour la pêche dans les lacs et rivières, nous vous invitons à vous rapprocher de la société de pêche de Thônes http://thones-peche.fr ou de la fédération des associations de pêches.
Il existe également des lacs souterrains, pour en savoir davantage nous vous invitons à vous rapprocher d’une association de spéléologie locale, du bureau des guides ou d’une entreprise spécialisée.
Pour des informations sur la baignade nous vous invitons à vous rapprocher des Offices de Tourisme concernés et à respecter la signalisation en vigueur autour des lacs. Celle-ci est généralement interdite dans les retenues d’eau qui sont utilisées pour l’enneigement artificiel ou l’alimentation en eau des communes.

Erwan Pergod

Sources

  • Monographie physique des plans d’eau naturels du département de la Haute-Savoie, J. Sesiano- France, Université de Genève – Département de minéralogie,‎ 1993

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Pour en savoir plus sur l’origine des retenues collinaires, vous pouvez vous référer à notre article sur les stations de ski du Val de Thônes.

Reblochon et beaufort : voisins mais pourtant si différents

« Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromages ? »

Cette phrase attribuée au général de Gaulle, met l’accent sur la complexité territoriale française et le sentiment régional qui en découle. Le fromage, loin d’être un simple produit, dissimule dans ses techniques de fabrication différents rapports que nos ancêtres entretenaient avec le sol, le relief, la propriété et le marché. D’ailleurs, une majorité des fromages, mais pas le reblochon, tirent leur nom de leur zone de production.

Le fromage : connu depuis le néolithique

Rappelons une évidence : le fromage permet de stocker et de conserver un produit, le lait, qui sous sa forme liquide est rapidement périssable. On fait remonter la fabrication fromagère à la fin du Ve millénaire av. JC, elle est évidemment postérieure à la domestication des animaux et à l’agriculture. La légende raconte que le mécanisme de fabrication du fromage a été découvert par hasard, lors du stockage et du transport du lait. Celui-ci s’effectuait par le biais de conteneurs fabriqués à l’aide de peaux de bêtes et d’organes internes. La présence naturelle des présures dans l’estomac a permis la transformation du lait en lait caillé et petit-lait. Dés lors, le fromage s’est répandu sur l’ensemble du continent eurasiatique, principalement dans les zones montagneuses (Himalaya, Caucase, Alpes) et agro-pastorales, permettant d’exploiter au mieux une ressource saisonnière : l’herbe.

Beaufort et reblochon : des différences nées dans l’histoire et la géographie

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Au salon agricole de Paris, Savoie-Mont-Blanc communique en liant le territoire et ses fromages

Les deux départements savoyards comptent cinq fromages AOP (Appellation d’Origine Protégée qui remplace l’Appellation d’Origine Contrôlée). Ce sont : le reblochon, le beaufort, l’abondance, le chevrotin et la tome des Bauges. Le reblochon et le beaufort sont les deux plus importants. Leurs zones de production sont voisines, elles se chevauchent même sur le Val d’Arly et aux Contamines-Montjoie (pour le versant du col du Joly). Pourtant ces deux fromages sont nés de deux histoires et de deux terroirs bien différents.

Le plus délicat à fabriquer n’est peut-être pas celui que l’on croit

Tous les agriculteurs des vallées des Aravis vous le diront, le reblochon est un fromage délicat, parfois même capricieux à fabriquer. Il est très dépendant de la qualité du lait (un « mauvais » lait d’une seule vache peut faire rater l’ensemble de la fabrication) et de la température extérieure (ni trop chaud, ni trop froid). Autrefois, les reblochons étaient durs par temps de sécheresse (ils séchaient trop vite) et amers en période de grand froid (ils n’arrivaient pas à sécher).

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Le moment le plus délicat de la fabrication du reblochon : le décaillage. Le lait a coagulé et forme un caillé qui est découpé en petits grains

La principale raison de ces difficultés est la faible température à laquelle le lait est transformé (33 degrés). Ainsi, dans la plupart des fermes, le lait n’est absolument pas réchauffé, puisque, sortant du pis de la vache à une température de 38 degrés, il est directement travaillé. Cette qualité sanitaire irréprochable s’applique également pour le reblochon fruitier (celui fabriqué en laiterie) dont la zone s’étend sur une grande partie de la Haute-Savoie. C’est la raison principale pour laquelle ce département est, depuis plus de vingt ans, classé comme le premier département français sur la qualité du lait.
Le beaufort, celui que l’on surnomme « le prince des gruyères », est considéré comme un fromage à pâte pressée cuite, car après caillage le lait est chauffé à une température de 54 degrés. Cette hausse de la température, même si l’on est loin de la pasteurisation (hausse de la température à 72 degrés et refroidissement rapide), supprime déjà un grand nombre de germes indésirables.

Le beaufort : un fromage collectif / Le reblochon : un fromage individuel

Outre leur pâte, la principale différence entre les deux fromages est leur poids. Le reblochon ne doit pas dépasser 550 grammes (450 g minimum) tandis qu’une meule de Beaufort affiche entre 40 et 60 kg. Un poids qui nécessite 4 à 5 litres de lait pour le reblochon et entre 400 et 600 pour le Beaufort. Il y a cent ans, une « bonne vache » pouvait produire quatre à cinq litres de lait à chaque traite. Mais les hectolitres de lait nécessaires pour une meule nécessitaient un troupeau avoisinant les cent têtes. C’est la raison principale pour laquelle le Beaufort est indéniablement lié à la pratique de l’alpage, une pratique très différente de celle que l’on peut rencontrer dans les Aravis.

Au Grand-Bornand, l’altitude de la plupart des alpages est comprise entre 1300 et 1700 mètres, celui du col des Annes étant le plus élevé, à 1721 mètres. Dans le Beaufortain, cet étage alpin correspond à la montagnette et dans le Haut-Faucigny aux « remues » : c’est-à-dire des alpages intermédiaires avant de rejoindre les alpages collectifs au-delà de 1800 mètres. Ces alpages collectifs, qui n’existent pas dans les Aravis, permettent d’exploiter les vastes prairies de la pelouse alpine. Les troupeaux sont rassemblés en importantes unités pastorales. La fabrication du lait et l’entretien des troupeaux sont laissés à des vachers et à des fromagers, payés par la collectivité. Dans le Beaufortain, le lait d’une seule traite servait à fabriquer une seule meule. Les meules étaient ensuite affinées et conservées à l’alpage, puis descendues dans la vallée une fois la saison terminée. Les communiers se les partageaient alors (le fruit des alpages). Le reblochon nécessite quant à lui un écoulement plus rapide, car il peut difficilement se conserver plus de deux mois. D’où la nécessité d’une mise en vente plus régulière. Le marché du Grand-Bornand existe officiellement depuis 1795 et permet chaque mercredi l’écoulement des reblochons produits. Aujourd’hui encore, les producteurs apportent leurs jeunes fromages, âgés de sept jours, aux affineurs. Ceux-ci les conserveront au minimum 21 jours.

Pour le beaufort, la production à la ferme est devenue rare (2 à 3 producteurs contre 140 pour le reblochon). Cependant grâce aux coopératives, les plus importantes étant celles de Bourg-Saint-Maurice et de Beaufort, les agriculteurs conservent une maîtrise collective de leur produit. Les coopératives assurent le ramassage du lait, le processus de fabrication, l’affinage (supérieur à 6 mois pour le beaufort d’été) et la commercialisation.
Pour le reblochon fermier, du fait peut-être de son essence individuelle, la partie coopérative et collective est moins présente. Les marchands puis les affineurs traitent directement avec les agriculteurs. Exception à cette règle, la coopérative de Thônes créée tardivement, en 1971. Elle réunissait alors 19 producteurs et 2 salariés. Aujourd’hui elle assure un tiers de l’affinage du reblochon fermier et emploie près de 50 personnes.

Conclusion

Petit, nécessitant beaucoup de manutention (il faut le retourner et le nettoyer deux fois par jour), délicat, ne pouvant pas se conserver au-delà de deux mois, le reblochon présente à première vue beaucoup d’inconvénients. Il correspond cependant à une exploitation familiale, proche de sa zone de commercialisation et illustre parfaitement le fait qu’un fromage, c’est la rencontre d’un produit et d’un terroir.

Texte et photographies Jean-Philippe Chesney


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Pour en savoir davantage sur le reblochon

Les carclins : tradition thônoise

Le 13 avril dernier (2014), nous avons fêté Les Rameaux, le dimanche avant Pâques.

Pour le petit-déjeuner ou après la messe, un rameau de buis bénit à la main, certains se sont acheminés vers l’unique boulangerie de Thônes, rue des Clefs, où l’on trouve encore des carclins. On les trouve ce weekend-là seulement, seule trace subsistante de leur signification religieuse.

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Les carclins des Rameaux

Les carclins sont affaire de spécialistes, ils ne sont pas une pâtisserie domestique, ce qui souligne leur caractère de nourriture jadis votive, comme le sont les couronnes ou galettes des Rois, les crosets de la Saint-Blaise, etc. De nos jours, il s’agit d’un anneau de pâte briochée, peu sucrée, safranée. Autrefois, certains ajoutaient de l’anis dans la pâte qu’on bérolle en forme d’un long cigare dont les extrémités sont nouées avant la cuisson.

Cette tradition est apparentée au craquelin ou cartelin breton que l’on retrouve jusqu’en Poitou-Charente sous le nom de carcalin :

Le caractère savoyard du carclin trouve des références dans :

  • le dictionnaire savoyard (Constantin / Désormaux, 1902)
    • à « Carclin » : sorte de pâtisserie. “Fais saucette avec ce carclin dans ton chocolat.”
    • à « Ranpâr » (Rempart) : Le dimanche des Rameaux, ramô, désigné aussi à Thônes et Annecy, sous le nom de dimanche des ranpâr ou ranpô, nom patois du buis.
  • le Guide de la Haute-Savoie (Marc Le Roux, 1902, p. 139) J. Serand rapporte ainsi que « Le dimanche des Rameaux, les enfants portent à l’église une branche de rameau plantée dans une pomme ou entouré d’un gâteau appelé carquelin (carclin), et le soir les jeunes gens du village, accompagnés d’un joueur de violon, vont de maison en maison en chantant des complaintes jusqu’à ce qu’ils obtiennent des œufs, qu’ils mangent ensemble en un diner, le lundi de Pâques. »

Si vous ne les avez goûtés cette année, il vous faudra attendre 2015 !

Monique Fillion et Erwan Pergod

Stations de ski des Aravis : aujourd’hui, une nécessaire adaptation

Le Grand-Bornand

Au Grand-Bornand deux téléskis sont installés aux Dodes en 1944 près du village, 500m à gauche de l’emplacement actuel de la patinoire. Bien qu’à proximité du village et sur un versant nord, l’enneigement reste tributaire de l’altitude (900m), les pistes sont raides et verglacées, et les possibilités de développement sur les pentes boisées, abruptes, et instables de l’envers du Danay sont très limitées. C’est ainsi que les pionniers de la station se sont tournés vers le hameau du Chinaillon, plus propice au développement commercial de la station, avec des possibilités de construction de logements et d’extensions du domaine qui semblaient alors infinies.

Saint-Jean-de-Sixt

A Saint-Jean-de-Sixt, dernière des « petites stations », la pérennité de l’activité de ski a tenu, comme au Grand-Bornand, à son déplacement !
Aux environs de l’hiver 1958/1959, Joseph Pergod achète à Guy Salino, le propriétaire du bar restaurant “Le Fou Blanc” au Chinaillon, son fil-neige. Autrefois au pied du téléski des Outalays au Chinaillon, le fil-neige est ainsi déplacé sous le Mont Durand avec l’aide de François Lathuille, qui également skieur, assure quelques samedi et dimanche d’ouverture dans la saison. L’installation faisait une petite centaine de mètres et mais ne permettait pas de gravir la plus grande pente.

teleski saint jean de sixt les combes - Collection Gérard Bastard Rosset web
La gare de départ du téléski du Mont-Durand à Saint-Jean-de-Sixt.
(Photo Collection Gérard Bastard-Rosset)

Le fil-neige est remplacé en 1961/1962 par le téléski du Mont-Durand, téléski d’occasion acquis par l’entremise d’Aimé Dupont, alors Maire de la commune et Conseiller Général. A cette occasion est créée la société des téléskis. Il fonctionnera pendant 10 ans, avant d’être déplacé à Forgeassoud-Dessus en 1971.
Son emplacement initial, sous le Mont-Durand, à droite de l’oratoire que l’on trouve à la sortie du village direction La Clusaz, garantissait un meilleur enneigement, mais ne permettait pas un développement commercial, principalement en raison de la route, trop proche, de l’absence de parking, et d’une assez grande difficulté. Le nouvel emplacement du Forgeassoud, à défaut de permettre un développement sur les pentes du Danay, a apporté stationnement et pistes pour débutants. Tout juste après son ouverture en décembre 1969, le Village Familial Vacances (VFV) de Saint-Jean-de-Sixt s’était équipé lui aussi d’un fil-neige privé. En 1971 à l’occasion du déplacement du téléski du Mont Durand, le VVF devient actionnaire de la société des téléskis et apporte en capital son fil-neige. Depuis plus de 40 ans et encore aujourd’hui en 2014, on peut s’initier au ski à Saint-Jean-de-Sixt.

La Clusaz

A La Clusaz, où les premières pistes du télétraineau sont toujours empruntées par les skieurs, le premier emplacement était le bon ! Bien sûr la station s’est ensuite agrandie, et seuls n’ont pas pu rejoindre le grand domaine skiable :

  • le téléski et le fil-neige du lac des Confins, petites installations à l’écart déployées avant 1963 par Bonaventure Goy. On peut les voir sur quelques unes des premières cartes postales en couleurs de La Clusaz.
  • le téléski du col des Aravis, un projet porté par Paul Machenaud
Manigod

L’emplacement définitif de la station de la Croix-Fry/Merdassier connaîtra un petit ajustement : un fil-neige est installé en 1961 par Pierre Veyrat-Durebex, près de l’Hôtel de la Croix-Fry, remplacé en 1964 par un tire-fesse au “Plan du Mont”, qui sera transféré en 1967 plus près du Col vers l’Hôtel des Sapins. Cet élan au Col de la Croix-Fry sera confirmé dès 1971 avec la création de la station de Merdassier au col éponyme, toutefois il faudra attendre encore quelques années pour que la liaison ski au pied soit établie entre les deux versants.

Erwan Pergod et Danielle Perrillat-Mercerot

Sources

  •  Annuaire téléphonique de la Haute-Savoie, 1952
  •  Registre des délibérations du conseil municipal de Thônes, 1953
  •  http://www.ski-aravis.com
  •  Mémoire orale : Félicien Missillier, Madame François Ballanfat, Hubert Puthod, Maurice Losserand, Maurice Passet, M. Thiaffey,  M. Vulliet, M. Mauris, G. Bétend, Mme Mattelon, N. Tissot, Gérard Bastard-Rosset, Pierre Pochat-Cottilloux, Danielle Sylvestre, Sylvain Collomby, Thomas Mermillod-Blondin, François Lathuille
  •  Sources économiques : CCI de Haute Savoie

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Stations de ski des Aravis : les stations d’hier

Si le tourisme dans la Vallée de Thônes a d’abord été un tourisme estival à la fin du XIXe siècle, époque où la montagne et le grand air commencent à succéder à la mode du thermalisme, dans les années 2000 le nombre de nuitées hivernales dépasse le nombre de nuitées estivales dans les stations de montagne.

Saison été 2010

Saison hiver 2010/2011

Nuitées dans les massifs de Haute-Savoie
(Source CCI 74)

13,4 millions

16,8 millions

Depuis les fameux hivers sans neige, 1963-1964, 1988-1989 et 2006-2007, la fin de l’automne sonne le début de l’inquiétude dans les Alpes où l’on se demande, à juste titre, si l’hiver sera enneigé ou non, s’il sera économiquement viable ou non. Avec désormais 100 ans de recul sur les sports d’hiver, et 4 générations (80 ans) de remontées mécaniques depuis le télétraîneau installé en 1934 à La Clusaz, il nous paraît intéressant de faire une rétrospective sur les petites stations de ski de la vallée qui n’ont pas survécu et sur les causes de leur disparition, momentanée peut-être. Nous reviendrons dans un prochain article sur la manière dont les plus grandes stations ont dû s’adapter pour perdurer.

La mécanisation du ski en Val de Thônes prend son essor dans les années 50
Après les débuts de La Clusaz (télétraineau en 1934), puis du Grand-Bornand (fil-neige dès 1944), les remontées mécaniques se développent ensuite dans le reste de la vallée.

Thônes

Ainsi, en octobre 1953, la mairie de Thônes fait l’acquisition d’un fil-neige installé sur la pente du Château, en bas à droite lorsque l’on regarde le Château.

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Inauguration du fil-neige par le conseiller général Edouard Pochat-Cottilloux.
(Photo Le Progrès)

Cette installation fût à l’initiative de Bernard de Colmont, inventeur imaginatif et audacieux entrepreneur qui connaîtra un succès beaucoup plus grand que celui du fil-neige de Thônes avec le Club 55 à Saint-Tropez, qui a fait la fortune de sa famille. Ce fil-neige, testé à l’hiver 52-53, fonctionna jusqu’à, semble-t-il, l’hiver 1958/1959 (témoignages de différents Thônains ayant appris à skier ici ! M. Vulliet, M. Mauris, G. Bétend).
Inauguré par le conseiller général Edouard Pochat-Cottilloux durant l’hiver 1953 et financé par la commune, il était gratuit pour les enfants lorsqu’ils venaient par groupe ou durant le temps scolaire. Peut-être avez-vous le souvenir de Jo Quétand et de Marcel Barrachin qui participaient à la formation des jeunes et au fonctionnement de la remontée ?
Il était amovible et les délibérations du conseil municipal relatives au fil-neige indiquent que le budget de fonctionnement est accordé à la condition qu’il soit mis à la disposition des écoles de hameaux.

Malgré la disparition du fil-neige, la piste du château n’en resta pas moins une, telle qu’elle était avant. Au début des années 1960 lorsque la piste était enneigée, les Thônains pouvaient admirer Maurice Passet, sautant tous les jours à 13h « la bosse du château », et les enfants, de nos jours, sont toujours ravis de faire des descentes de luge. Malheureusement pas ce mois de janvier 2014, la piste naturelle étant fort peu enneigée !
En 1969 c’est un téléski qui est installé au “champ des bosses” jusqu’en 1971. Les frais de fonctionnement, trop élevés au regard de la faible période d’activité auront raison de lui très rapidement et il n’est pas resté dans la mémoire des Thônains. Le téléski, démonté, poursuivra sa vie à Alex.

Aujourd’hui on skie toujours à Thônes, principalement à Beauregard, avec du ski de fond, du ski de randonnée, mais également du ski de piste : en effet la remontée mécanique l’Etoile des Neiges, bien qu’elle fasse partie du domaine skiable de La Clusaz, est située en partie sur la commune de Thônes.

Alex
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Ruines du Téléski d’Alex, 26 novembre 2013
Photo Erwan Pergod

Sitôt démonté, en 1964, le téléski de Thônes est alors réinstallé à Alex, au lieu-dit Villards-Dessus.

Le téléski a été exploité jusqu’en 1976 par le club sportif local qui avait également construit un petit local pour accueillir les skieurs. (Souvenirs de Mme Mattelon).

Dingy-Saint-Clair

De 1974 à 1980 sous l’impulsion du Foyer du Parmelan, un fil-neige fut installé à La Blonnière au-delà des dernières maisons du hameau, près du Mélèze. Il fit le bonheur des enfants et des adultes débutants, grâce aux personnes bénévoles qui se relayaient pour damer la piste. Malheureusement, l’irrégularité de l’enneigement eut, là aussi, raison de cette installation.

Les Villards-sur-Thônes

Situé un peu plus haut, le téléski des Villards-sur-Thônes est installé en 1964 et remontera la pente (raide !) de Plaine-Frasse jusqu’au début des années 2000. Un fil-neige sur le plat permettait aux débutants un apprentissage plus facile. Géré par une association de particuliers, l’installation était digne d’une véritable station de ski : un canon à neige artisanal et 2 dameuses en 30 ans !
Il est démonté le 9 novembre 2005 et poursuivra sa vie en Roumanie. Géré par une association de particuliers, il a permis un temps d’assurer la formation des jeunes Villardins dont certains ont brigué des podiums tant dans les épreuves scolaires, que celles dédiées aux adultes. Citons en particulier Thomas Mermillod-Blondin, membre de la sélection française de ski alpin pour les Jeux olympiques de Sotchi en 2014.

Entremont

A Entremont, le téléski du Platon implanté dès 1964 (convention verbale pour les droits de passage), fonctionna jusqu’en 1987 malgré des problèmes d’enneigement et de servitudes (Source : Entre Monts et Vaux, 1987, n°5).
Également nommé téléski de l’Epinette. Il fut exploité par Humbert et Joseph Goy, propriétaires du téléski avant la commune, et avec François Ballanfat, de La Ville.
Le téléski s’arrêta faute d’un enneigement régulier. Jouant de malchance, dès l’année d’inauguration, les « Ponts et Chaussées »comme on disait alors, avaient dû réceptionner l’ouvrage en l’absence de neige !
De nombreux enfants, ceux d’Entremont et ceux des nombreuses classes de neige en séjour dans le village ont pu s’initier au ski avec ces installations.

Le Petit-Bornand
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La gare de départ du téléski de Paradis en 2007
(Photo Frédéric Patois)

Près du chef-lieu du Petit-Bornand, au Fetalay, fut installé un fil-neige par l’ancien maire Gilbert Gaillard pour la colonie “ancien hôtel Le Bellevue”, avant 1965. Lorsqu’il n’y avait pas de neige le fil-neige était transporté ailleurs. Ainsi il fût emmené une année au sommet du Maroly, et parait-il, une année aux Saisies !
Plus tard, un téléski, installé à Paradis, démonté vers 1998 mais arrêté bien avant, “a tourné une dizaine d’années”.

Téléskis de Serraval au Col du Marais

Sous l’impulsion de la commune un premier téléski fut construit.
C’est la société Montagner, d’Allonzier-la-Caille qui érigea l’un de ses premiers téléskis débrayables à Serraval en 1966 (Source Montagne et Aménagement). L’avalanche du 30 janvier 1978 traversa le col et par mesure de sécurité les installations furent déplacées de l’autre côté de la route.
Puis fut racheté le premier téléski de la Floria, du Grand-Bornand (à l’exception de la gare). (Source : ski-aravis.com)
La famille Tissot, de l’Arclosan, continua l’exploitation de 1981 jusqu’au printemps 1996. « Souffrant d’un manque de neige à répétition, tous les téléskis furent démantelés » (N. Tissot).

Le Bouchet-Mont-Charvin

Au Bouchet-Mont-Charvin, il y eut un projet très avancé dans le secteur de la Savattaz. En 1969 des pylônes ont été construits mais suite à des différends entre les propriétaires et associés, le projet s’est arrêté là ! (Source : M. Thiaffey)

Toutes les tentatives d’exploitation de la neige, évoquées ci-dessus, sont nées de la volonté de personnes ou associations pionnières de la localité même. Elles ont été très actives durant leur période d’exploitation. Mais le plus souvent, les enneigements très aléatoires et les mises aux normes du matériel ont eu raison de leur pérennisation. Nous ne pouvons que le regretter.
Nous invitons nos lecteurs à partager leurs souvenirs ! Vos renseignements complémentaires sont les bienvenus et vos documents pourront être publiés, après votre accord.

Erwan Pergod et Danielle Perrillat-Mercerot

Remerciements
Merci à toutes celles et ceux qui ont participé d’une manière ou d’une autre à la rédaction de cet article.
Merci au Dauphiné Libéré d’avoir relayé nos recherches auprès de ses lecteurs. Vous pouvez également consulter une carte interactive sur le site internet du Dauphiné Libéré.

Sources

  •  Annuaire téléphonique de la Haute-Savoie, 1952
  •  Registre des délibérations du conseil municipal de Thônes, 1953
  •  http://www.ski-aravis.com
  •  Mémoire orale : Félicien Missillier, Madame François Ballanfat, Hubert Puthod, Maurice Losserand, Maurice Passet, M. Thiaffey,  M. Vulliet, M. Mauris, G. Bétend, Mme Mattelon, N. Tissot, Gérard Bastard-Rosset, Pierre Pochat-Cottilloux, Danielle Sylvestre, Sylvain Collomby, Thomas Mermillod-Blondin, François Lathuille
  •  Sources économiques : CCI de Haute Savoie

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Saint Pierre Favre

Pierre Favre
Pierre Favre et son ange
(photographie C. Regat)

Désormais, saint Pierre Favre, le petit pâtre des Aravis devenu l’ambassadeur du pape, a été reconnu à l’égal de ses compagnons Ignace de Loyola et François Xavier, les trois co-fondateurs de la Compagnie de Jésus, les jésuites. Le pape François qui l’a pris pour modèle, l’a canonisé le 17 décembre 2013, jour de son propre anniversaire. En présence de 350 jésuites, il a concélébré une somptueuse messe d’actions de grâces à Rome, en l’église du Gesù, le 3 janvier dernier, jour de la célébration liturgique du Saint Nom de Jésus.

Dans le n° 30 de notre collection : « Bienheureux PIERRE FAVRE, ITINERAIRES dans l’Europe de la Renaissance. Savoie 1506 – Rome 1546″ nous évoquions, outre ses voyages, pour l’essentiel à pied et en zigzag et dans une Europe déchirée, notre espoir de le voir à son tour, canonisé. C’est aujourd’hui chose faite, nous remercions le pape François d’avoir comblé nos vœux.

Monique Fillion


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Les années 14 et 15 marquent souvent des changements d’époque

Quand change-t-on de siècle ? Le calendrier ne laisse pas de place au doute, nous sommes rentrés dans le XXIe siècle, le 1er janvier 2001 ; dans le XXe siècle, le 1er janvier 1901. Mais la réalité historique est plus complexe et il est frappant de constater que, depuis le XVIIIe siècle, les années en 13, 14 et 15 ont souvent marqué des césures importantes.

1914 : « le suicide de l’Europe »

Pour le XXe siècle, cela est une évidence. La première guerre mondiale éclate le 1er août 1914 et porte en elle toute la genèse du XXe siècle. C’est tout d’abord la fin d’une période avec l’effondrement de l’Europe en tant que puissance dominante. La Grande Guerre enfante également de deux tragédies qui vont marquer l’ensemble du XXe siècle : le communisme russe (1917) et le nazisme. C’est de la défaite en 1918, du traité de Versailles de 1919, que les Nazis vont se nourrir dès leur création en 1921. Il est d’ailleurs frappant de constater que leur chef Adolf Hitler a été sauvé par la 1ère guerre mondiale. En 1914, alors âgé de 25 ans, c’est un homme à la dérive : sans profession, sans famille, sans véritable perspective d’avenir. C’est dans l’armée et la guerre qu’il a retrouvé un cadre, un but, une carrière.

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Monument aux morts de Thônes
(Photo J.-P. Chesney)

Pour nos vallées alpines, la 1ère guerre mondiale a-t-elle marqué un tournant important ? La réponse là-aussi semble évidente. 563 morts, jeunes, hommes, pour la seule vallée de Thônes : le bilan parle de lui-même. C’est aussi l’éloignement des soldats de leur foyer durant près de 5 années (d’août 1914 à octobre 1919 pour les derniers rentrés). On lie aussi cette période à une première émancipation féminine. C’est certainement vrai dans les grands centres urbains, c’est beaucoup plus discutable dans nos pays ruraux. Les femmes travaillaient énormément avant la guerre, autant après la guerre et encore davantage durant le conflit. Quant à leur pouvoir décisionnel, là aussi rien n’est certain. Dans les sociétés patriarcales, si le mari était absent, le beau-père détenait le véritable statut de chef de famille, parfois la belle-mère en cas de veuvage. Les changements ont pu être plus marqués chez les enfants avec une autorité paternelle et masculine absente. Ainsi à Saint-Martin-sur-Arve, commune aujourd’hui rattachée à Sallanches, un incident avait défrayé la chronique. Les grands garçons de l’école primaire, profitant disait-on de l’absence de leur père au foyer et du remplacement de leur instituteur par une jeune femme à l’école, avaient, durant la récréation, uriné dans les encriers. Un fait divers qui avait alors alarmé une grande partie de la population dénonçant « l’esprit déviant de la jeunesse ».

1814-1815 : L’agonie de l’empire napoléonien

Si 1914 marque le début d’une guerre, les années 1814 et 1815 marquent quant à elles, le retour à la paix en Europe. Après deux décennies de conflits, liés à la période révolutionnaire puis aux conquêtes napoléoniennes, le « Vieux Continent » retrouve une certaine stabilité.
Les puissances européennes, réunies au Congrès de Vienne (Septembre 1814-juin 1815) dessinent la nouvelle carte de l’Europe. Une Europe qui nie les aspérités nationales (Polonais, Belges, Grecs, Allemands…), sentiment trop lié à la Révolution Française, qui restaure de nombreuses monarchies (y compris en France, mais aussi en Savoie) et dont les grands contours seront respectés jusqu’en 1919. Pour la Savoie, annexée par la France depuis 1792, l’année 1814 a été une année de guerre (la première depuis 1793). Dès le 2 janvier, les hussards autrichiens arrivent à Annecy. Ils sont au Grand-Bornand le 11 mars. Le premier traité de Paris, celui de mai 1814, alors que Napoléon est en exil à l’ile d’Elbe, scinde la Savoie. La plus grande partie, à l’Ouest, est donnée au royaume de Sardaigne, les cantons de Frangy, de Saint-Julien, de La Roche, l’arrondissement de Chambéry (sauf les cantons de l’Hôpital-Conflans, de Saint-Pierre-D’Albigny, La Rochette et de Montmélian) et l’arrondissement d’Annecy à l’exception d’une partie du canton de Faverges restent à la France. Après l’épisode des Cent-Jours et la défaite définitive de Napoléon à Waterloo, le second traité de Paris (novembre 1815) redonne à la Savoie son unité. La Savoie est rendue au Piémont Sardaigne. Elle connait donc une restauration de l’ordre ancien, son souverain Victor Emmanuel Ier rétablit toutes les mesures en vigueur avant 1792 dans ce régime que l’on appelle le Buon Governo (bon gouvernement).

1715 : Le roi soleil s’éclipse

Le 1er septembre 1715, au château de Versailles, Louis XIV meurt après 72 années de règne. Avec lui, s’éteint une grande partie du XVIIe siècle, celui que l’on a surnommé en France « le grand siècle » : l’apogée de l’absolutisme royal et du rayonnement culturel français.

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Première édition des traités d’Utrecht, imprimée en anglais, espagnol et latin.
(By RedCoat10 via Wikimedia Commons)

Pour la Savoie, la rupture est intervenue deux ans plus tôt en 1713, avec le traité d’Utrecht qui met fin à la guerre de Succession d’Espagne. Une guerre qui a secoué l’Europe depuis 1701 mais dans laquelle la Savoie n’est intervenue qu’en 1703. Alliée à la France en 1701, la maison de Savoie change de camp en 1703, entraînant une longue occupation française de son territoire. Les ravages de la guerre et de l’occupation sont aggravés par un climat rigoureux (l’hiver 1709 a été surnommé le grand hiver) déclenchant en Savoie une famine importante. Pour la Maison de Savoie, le traité d’Utrecht a eu pour conséquence indirecte l’élévation au niveau de royaume. En effet, longtemps espagnole, la Sardaigne passe lors du traité d’Utrecht dans les possessions des Habsbourg de Vienne, qui l’échangent en 1718 contre la Sicile avec le duc de Savoie. Les ducs de Savoie portent le titre de « roi de Sardaigne » depuis le 8 août 1720 et ce jusqu’à la proclamation du royaume d’Italie le 17 mars 1861.

Pour les autres siècles, les césures sont moins importantes. On peut cependant mentionner 1515, la célèbre bataille de Marignan ou 1416 et l’érection du comté de Savoie en duché.

Et pour 2014 ?

La question est posée. Les deux prochaines années 2014 et 2015 marqueront-elles une rupture importante dans l’histoire du XXIe siècle ? A l’échelle du monde, de l’Europe ou de la Savoie, on ne peut rien affirmer pour l’instant. Mais pour la ville de Thônes, cela est une certitude. Chef-lieu de canton depuis le 22 janvier 1793, Thônes devrait perdre l’année prochaine cette distinction au profit de la ville de Faverges. Et après 31 années passées à la fonction de maire, la plus longue mandature de la commune, Jean-Bernard Challamel a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat lors des prochaines élections municipales de mars 2014. Un véritable changement d’époque.

Jean-Philippe Chesney

 Sources

  • Almanach du Val de Thônes, N° 24, Amis du Val de Thônes, p. 54-57
  • Le Grand-Bornand au fil du temps, P. Baugey, F. Baugey, G. Bastard-Rosset,  Association « Histoire du Grand-Bornand, 2010, p.161